De l’argent partout, mais pas pour Elon Musk

Les valorisations d’Anysphere et d'Applied Intuition explosent, mais la situation de xAI se fait tendue • Coinbase veut proposer des actions tokénisées • Le Genius Act sur les stablecoins passe le sénat américain • Comment distinguer agents IA isolés et systèmes multi-agents coordonnés • Bienvenue dans Qant, vendredi 19 juin 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Applied Intuition, l’intuition appliquée à la conduite autonome

Fort de sa diversification dans la défense, le spécialiste californien de la conduite autonome Applied Intuition lève 600 millions de dollars, doublant sa valorisation à 15 milliards, en préparation d'une potentielle entrée en Bourse.

  • La start-up californienne Applied Intuition, spécialisée dans les technologies pour véhicules autonomes, vient de lever 600 millions de dollars lors d’un tour de table de série F codirigé par BlackRock et Kleiner Perkins.

  • Cette levée, incluant pour les deux tiers une transaction secondaire, fait plus que doubler la valorisation de l'entreprise, passée de 6 milliards à 15 milliards de dollars en un an.

  • Fondée en 2017, la start-up fournit un système d’exploitation et une pile de logiciels d’autonomie, ainsi que des outils de simulation et d’aide à la conduite (Adas) à 18 des 20 plus grands constructeurs automobiles, dont Volkswagen et Toyota.

  • À partir de l’an dernier, elle a lancé des outils de technologie de défense (“miltech”), pour accélérer le déploiement de solutions autonomes sur les plateformes d’armes aériennes, terrestres, maritimes et spatiales. Axion (un environnement de développement d’autonomie basé sur le cloud) et Acuity (un logiciel embarqué d’autonomie pour systèmes sans pilote) ont été utilisés pour créer un premier prototype de véhicule d’infanterie autonome.

  • EN FILIGRANE : Autonomie duale. En février dernier, Applied Intuition a racheté EpiSci, une start-up miltech qui développe notamment des IA tactiques pour le combat aérien et des essaims de drones autonomes. EpiSci, qui avait levé environ 45 millions de dollars, participe à différents programmes de l’agence de recherche militaire du Pentagone. 

  • À SURVEILLER : Pilotage autonome vers la Bourse. Le CEO d’Applied Intuition, Qasar Younis, affirme que cette levée pourrait être la dernière avant une introduction en Bourse, l’entreprise disposant déjà de centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires.

xAI au risque de la surchauffe financière

La start-up d’intelligence artificielle d’Elon Musk, qui brûle plus d’un milliard de dollars par mois, semble proche d’avoir épuisé ses réserves. Tout se joue sur la levée de 9,3 milliards en cours.

  • xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk, prévoit de perdre 13 milliards de dollars en 2025, en raison de coûts élevés liés à l’entraînement de ses modèles d’intelligence artificielle, selon Bloomberg. Lancé en février, Grok 3 a depuis été éclipsé par des modèles bien plus puissants, comme o3 , Claude 4 et Gemini 2.5.

  • Depuis sa création, la société a levé 14 milliards de dollars, dont 6 milliards en décembre 2024. Pourtant, début 2025, seulement 4 milliards restaient en caisse, d’après les sources de l’agence – des investisseurs potentiels. xAI serait donc proche de la fatidique “zero-cash date”.

  • Depuis plusieurs semaines, xAI cherche à lever 9,3 milliards de dollars, dont 4,3 milliards en actions et 5 milliards en dette. L’offre obligataire pilotée par Morgan Stanley se heurte un intérêt modéré des investisseurs, ce qui a conduit la société à en revoir les conditions après la très publique dispute entre Musk et Trump. 

  • La valorisation de xAI est passée de 51 à 75 milliards de dollars de mai à décembre, soutenue par des investisseurs comme Sequoia Capital, Andreessen Horowitz et VY Capital. Elle s’est ensuite élevée à 113 milliards avec l’absorption du réseau social X, valorisé au même prix que Twitter à son acquisition. Or, il est douteux que X, valorisé à peine 10 milliards de dollars quelques mois auparavant par l’un de ses actionnaires, Fidelity, vaille effectivement ces 44 milliards.  

  • EN FILIGRANE : Loin derrière le podium. Partie quatrième après Google, Open AI et Anthropic, xAI reste loin derrière le trio de tête. Le chiffre d’affaires de xAI devrait s’établir à 500 millions de dollars en 2025, contre 10 milliards de revenus annuels récurrents (ARR) déjà atteints par OpenAI, qui générera 12,7 milliards de chiffre d’affaires cette année. Google ne publie pas ses chiffres mais Anthropic, de son côté, a dépassé le milliard d’ARR en décembre dernier. Ce retard n’empêche pas Elon Musk, toujours plus optimiste que crédible, de prévoir 2 milliards de chiffre d’affaires pour xAI en 2026, et l’atteinte du point mort en 2027. 

  • À SURVEILLER : Colossus aux pieds d’argile. Après s’être appuyé sur Oracle pour entraîner les deux premières versions de Grok, Elon Musk a choisi de construire son propre datacenter, un projet immense et dispendieux qui porte bien son nom de Colossus. Or, alors que Google et les tandems OpenAI/Microsoft et Anthropic/AWS peuvent amortir leurs GPU sur une multitude de clients, xAI est contrainte d’absorber, seule, l’intégralité des coûts d’infrastructure. Si xAI survit à la crise de trésorerie qui se dessine, le partenariat avec Oracle, qui propose désormais Grok 3 aux plus aventureux de ses clients, semble donc devoir nécessairement se renforcer.

Vibecoding : Cursor s’emballe

La start-up Anysphere attire de nouveaux investisseurs, accélère sa croissance et lance un abonnement premium pour Cursor malgré une concurrence renforcée.

Anysphere vise les sommets. • Qant, M. de R. avec GPT-4o

  • Plusieurs investisseurs de la Silicon Valley proposent désormais à Anysphere une valorisation comprise entre 18 et 20 milliards de dollars, double de celle du mois dernier, selon les informations de Bloomberg.

  • Fondée en 2023, Anysphere développe l’éditeur de code Cursor, utilisé par plus de 1 million de personnes chaque jour, dont des entreprises comme Spotify, Uber, Nvidia et Adobe. 

  • Plus tôt ce mois-ci, l'entreprise a dépassé les 500 millions de dollars de revenus annuels récurrents. 

  • À SURVEILLER : L’échappée belle. Dans la multitude d’outils et d’agents de vibecoding, Cursor se démarque comme le principal indépendant, susceptible de donner accès au LLM le mieux adapté – alors que Github Copilot, par exemple, est lié à Microsoft et que Windsurf vient d’être racheté par OpenAI. Cursor bénéficie donc de l’aura de Claude 4 auprès des développeurs, avec la possibilité de devenir l’interface de référence.

Agents IA ou IA agentique ?

Des chercheurs grecs et américains présentent une taxonomie pour distinguer les architectures à agent unique des systèmes multi-agents coordonnés, en analysant leurs mécanismes, cas d’usage et limites respectives.

De l’agent IA à l’IA agentique. • Qant avec GPT-4o

Dans l’écosystème de l’intelligence artificielle contemporaine, le terme « agent » est devenu un mot-valise. Pour clarifier les usages, les auteurs proposent de distinguer deux catégories fondamentales : les « agents IA », agents logiciels autonomes augmentés par des modèles de langage, et les systèmes d'« IA agentique », organisés autour de la coordination de plusieurs agents spécialisés. Cette distinction permet de mieux caractériser les architectures, les cas d’usage et les défis associés à chaque paradigme.

Les agents IA sont définis comme des entités capables d’exécuter de manière autonome des tâches unitaires, généralement en interagissant avec des outils externes. Ces agents disposent d’une capacité de perception, de raisonnement local et d’action dans un environnement donné, mais opèrent souvent sans planification sur le long terme ni coordination complexe. En revanche, les systèmes agentiques orchestrent plusieurs agents dans une structure intégrée, avec mémoire persistante, planification adaptative, communication structurée et supervision de haut niveau.

Amazon, xAI

  • Carton vert pour xAI • La NAACP, principale organisation américaine de défense des droits civiques, et le Southern Environmental Law Center (SELC), cabinet spécialisé dans le contentieux environnemental, ont annoncé leur intention de poursuivre xAI pour la pollution de l’air liée à l’utilisation de turbines au gaz méthane dans son centre de calcul de Memphis. Située à proximité de quartiers majoritairement afro-américains, l’installation fonctionne illégalement sans permis, selon les plaignants. En savoir plus… 

  • Amazon veut réduire ses effectifs grâce à l’IA • Le CEO d’Amazon, Andy Jassy, a annoncé dans un mémo interne que l’adoption généralisée de l’intelligence artificielle entraînera une réduction des effectifs dans les fonctions corporate de l’entreprise au cours des prochaines années. Il appelle les employés à « être curieux de l’IA » et estime que la technologie générera des gains d’efficacité en automatisant de nombreuses tâches routinières. L’entreprise emploie actuellement 1,5 million de personnes, dont environ 350 000 dans des fonctions de bureau. En savoir plus…

Coinbase vise les actions sur blockchain

La plateforme Coinbase demande l’accord du régulateur américain, la SEC, pour proposer des actions numériques tokenisée.

  • Coinbase a sollicité, selon Reuters, l'approbation de la SEC afin de proposer la négociation d’actions via blockchain : la “tokenisation”, qui permet d’échanger des titres sous forme de jetons numériques.

  • Ces jetons représenteront la propriété d’actions cotées, offrant la possibilité de les négocier en continu, sans les contraintes horaires de Wall Street.

  • Coinbase demande une "no-action letter" de la SEC, sorte de rescrit par lequel le régulateur s’engage à ne pas poursuivre l’entreprise pour cette offre spécifique.

  • À SURVEILLER : Revirement réglementaire. Coinbase avait déjà tenté de lancer des actions tokenisées en 2021, projet interrompu sous l’administration Biden. Le contexte politique américain actuel pourrait renverser la position de la SEC.

Washington

  • Le sénat américain adopte le Genius Act • Le Sénat américain a adopté le Genius Act, première législation fédérale encadrant les stablecoins adossés au dollar, avec 68 voix contre 30. Ce texte crée un cadre réglementaire pour l’émission privée de monnaies numériques et confère des pouvoirs étendus au Trésor. Il impose une couverture intégrale des réserves, des audits mensuels et des obligations de conformité anti-blanchiment, tout en autorisant banques, fintechs et grandes enseignes à émettre leurs propres stablecoins. Le texte doit encore être harmonisé avec la version concurrente votée à la Chambre, qui prévoit un partage de la supervision entre plusieurs agences fédérales. En savoir plus…


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Comment donner de la substance au discours sur les agents d’IA.

Agents IA ou IA agentique ?

Des chercheurs grecs et américains présentent une taxonomie pour distinguer les architectures à agent unique des systèmes multi-agents coordonnés, en analysant leurs mécanismes, cas d’usage et limites respectives.

Les tendances mondiales de recherche sur Google montrent un intérêt croissant pour les « agents d'IA » et l'« IA agentique » depuis novembre 2022, date à laquelle ChatGPT a été introduit pour la première fois. • Ranjan Sapkota et al.

Dans l’écosystème de l’intelligence artificielle contemporaine, le terme d’« agent » est devenu omniprésent, mais s’est vidé de son sens. Pour en clarifier les usages, les auteurs proposent de distinguer deux catégories fondamentales : les « agents IA », agents logiciels autonomes augmentés par des modèles de langage, et les systèmes d'« IA agentique », organisés autour de la coordination de plusieurs agents spécialisés. Cette distinction permet de mieux caractériser les architectures, les cas d’usage et les défis associés à chaque paradigme.

Définitions

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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