Liz Trump, Donald Truss : l’art de reculer dans le désordre

Alors que la crise financière menace, Trump achève de miner la crédibilité américaine • OpenAI pourrait lancer o3 dès cette semaine, malgré les polémiques sur la sécurité • Thinking Machines veut lever 2 milliards • Voitures autonomes : Nuro pivote • BlueBridge veut automatiser l’intégration d’agents IA • Bienvenue dans Qant, lundi 14 avril 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Trois petits tarifs et puis s’en vont… et puis reviennent…

Vendredi, Apple et Tesla ont obtenu une exemption cruciale pour leur survie, ainsi que Shein et Temu. Dimanche, Donald Trump a affirmé son intention de rétablir les tarifs douaniers. De quoi aggraver la crise financière qui s’annonce et donner une chance historique à la Chine.

  • RECULADE. Vendredi en fin de journée, après la clôture du marché, la Maison-Blanche et les douanes américaines ont publié une longue liste de produits électroniques exemptés des droits de douane contre la Chine, finalement établis à 145 %, et contre tous les autres pays (reportés de trois mois, sauf un tarif universel de 10 % dont la tech sera exemptée). Les tarifs payés par les importateurs américains entre le 5 et le 11 avril seront remboursés.

  • CONTRE-ORDRE. Dimanche, en rentrant du golf dans l’avion présidentiel, Donald Trump a déclaré aux journalistes présents qu’il annoncerait “la semaine prochaine” des tarifs de remplacement sur les semiconducteurs. Presque au même moment, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick que les tarifs seraient mis en place après une investigation en cours sur le secteur, “dans un mois ou deux”.

  • DUTY-FREE. Pour l’heure, sur les chiffres de 2024, presque 400 milliards de dollars d’importations tech ne paieront aucun droit : plus de 100 milliards en provenance de Chine, soit 22 % du total, mais 64 % des exportations de Taïwan, 44 % de la Malaisie et un tiers de celles du Vietnam et de Thaïlande. 

  • CHINE GAGNANTE... Les gagnants de cette reculade provisoire sont bien sûr Apple et Tesla, dont le lobbying semble avoir été à l’origine de la suspension, ainsi que Dell, Intel, Nvidia et tous les fabricants de produits technologiques. Mais aussi leurs fournisseurs chinois et même les distributeurs Shein et Temu : l’exception “de minimis” sur les paquets de moins de 800 dollars est rétablie sine die

Liz Trump ou Donald Truss ? L’art de transformer en déroute une reculade • Qant avec GPT-4o

  • … DOLLAR PERDANT. Alors que les bourses américaines ont regagné, après la suspension des tarifs, une partie du terrain perdu depuis le funeste 2 avril, “jour de la libération” trumpienne, les marchés de taux restent très pessimistes. Le dollar recule très fortement contre l’euro et le yen, et dans une moindre mesure contre l’or et le bitcoin. La production de crédit ralentit fortement et les intérêts que les États-Unis paient sur leur dette souveraine continuent de s’envoler. 

À Wall Street, le fondateur de Tolou Management Spencer Hakimian a été l’un des critiques les plus éloquents de la politique de Donald Trump • source : X

  • EN FILIGRANE : Make America Broke Again. La perte de confiance dans les États-Unis provoque simultanément la baisse du dollar, qui a plongé de presque -5% sur l’euro en quelques jours, et l’augmentation des taux sur les bons du Trésor. Cela marque une fuite des capitaux inédite depuis le “Nixon shock” de 1971 et la fin de l’étalon-or. En 2022, un phénomène similaire avait mené à la démission de Liz Truss, éphémère Première ministre britannique. Mais les comptes publics américains sont en bien plus mauvais état et le phénomène, s’il se confirme, évoque plutôt les crises vécues par de nombreux pays latino-américains à partir des années 1980, et notamment l’Argentine en 1998.

  • À SURVEILLER : Le dragon qui pousse ses pions. Après la reculade de Trump sur TikTok et sa débandade sur la tech, Pékin ne peut que se féliciter d’avoir, seul, tenu tête au caudillo de la Maison-Blanche. « On ne ressent en Asie aucune crainte sur la croissance » témoigne un observateur sur place. La crise de la semaine dernière et les tarifs douaniers américains sont plutôt vécus en Chine comme un “stress test” sur sa résilience en cas de conflit autour de Taïwan, titrait dimanche le journal de Hong-Kong, le South China Morning Post. Et la Chine a progressivement réduit son exposition à la dette publique américaine : moins de 760 milliards de dollars, contre plus de 1 300 milliards en 2009.

OpenAI apprend le prix de la sécurité

Alors qu’o3 pourrait être lancé dès cette semaine, les polémiques gonflent autour d’OpenAI sur le redteaming et la réactivité de ses équipes de sécurité.

  • OpenAI a réduit de manière significative les ressources allouées à la sécurité de ses modèles d’IA : vendredi, le Financial Times a confirmé la rumeur qui circulait dans la Silicon Valley depuis quelques semaines.

  • Les équipes de redteaming pour o3 n’auraient eu que quelques jours pour mener leurs évaluations.

  • En parallèle, la firme de cybersécurité SentinelOne a montré qu’AkiraBot, un réseau de spam d’origine inconnue, a utilisé pendant des mois l’API d’OpenAI avec le modèle gpt-4o-mini pour générer des messages uniques,

  • Akirabot a ciblé plus de 400 000 sites web entre septembre 2024 et janvier 2025, via des formulaires de contact et des widgets de chat, en contournant les Captcha grâce à ChatGPT.

Akira revêt les habits d’OpenAI • Qant avec GPT-4o

  • RÉACTIVITÉ. OpenAI,qui a immédiatement démenti les informations du Financial Times, a également révoqué le compte utilisateur d’AkiraBot après avoir été informée par SentinelOne, mais les abus ont tout de même perduré pendant au moins quatre mois, laissant planer un doute sur la réactivité, ou les moyens, de ses équipes.

  • EN FILIGRANE : L’évolution d’AkiraBot. ChatGPT n’est pas le seul modèle d’IA disponible et les chercheurs de SentinelOne estiment que cette infrastructure modulaire pourrait être réutilisée pour des campagnes de phishing, de diffusion de malwares ou d’ingénierie sociale à grande échelle. 

  • À SURVEILLER : Le futur grand modèle d’OpenAI.  o3, le modèle qui anime Deepsearch et qui devrait converger avec GPT-5, devrait être présenté cette semaine, d’après le FT, mais le journal n’exclut pas que le lancement soit reporté. Au cas où de nouveaux tests de sécurité s’avéreraient nécessaires.

Quand les machines pensent à l’argent…

Thinking Machines Lab, fondée par l’ex-CTO d’OpenAI, chercherait à lever 2 milliards de dollars sur une valeur d’au moins 10 milliards de dollars.

Quand les machines pensent à l’argent… • Qant avec GPT-4o

  • Cette levée, si elle aboutit, valorisera la société à au moins 10 milliards de dollars, ce qui en fera l’un des plus importants tours d’amorçage de l’histoire de la Silicon Valley.

  • La start-up, qui sort à peine du mode stealth, attire les investisseurs grâce à une équipe composée de chercheurs influents issus d’OpenAI, comme John Schulman, cofondateur d’OpenAI et principal architecte de ChatGPT

  • Thinking Machines s’est constituée pour créer des systèmes d’intelligence artificielle open source plus “explicables” – et donc à terme mieux personnalisables et peut-être plus polyvalents – que les modèles actuels.

  • À SURVEILLER : Trump et la bulle IA.  Après OpenAI, Anthropic et SafeSuperIntelligence, Thinking Machines est la quatrième start-up, surgeon de OpenAI, à viser une valorisation extrêmement élevée. Sa réussite ou son échec montrera si l’intérêt pour l’IA reste élevé, ou si l’instabilité des marchés et l’arrêt des sorties pour les investisseurs, dues aux vicissitudes trumpiennes de la semaine dernière, auront le dessus.

Deux millions, Monsieur l’agent !

BlueBridge réunit en pre-seed la fine fleur du capital-risque français, pour créer un intégrateur systèmes de nouvelle génération, apte à faire face à la révolution agentique.

  • Créée en début d’année par Sylvie Ouziel, ancienne directrice générale des plates-formes partagées de Publicis Groupe, BlueBridge se lance avec une levée de 2 millions d’euros en pré-amorçage.

  • La start-up veut réinventer le métier d’intégrateur de systèmes grâce aux agents d’IA. Sa “plateforme agentique” permet de déployer, à l’échelle, des agents et des assistants IA dans les systèmes et les workflows du client.

  • Les agents de BlueBridge couvrent la plupart des fonctions de l’entreprise, de la R&D à la communication. Ils proposent par exemple de converser à l’oral dans 10 langues différentes, d’amplifier les campagnes de médias sociaux en fonction du canal et de la segmentation de l’audience, de revoir la base contractuelle de l’entreprise, de suggérer des arguments aux vendeurs comme aux acheteurs…

  • À SURVEILLER : Les fées sur le berceau. Parmi la quinzaine de particuliers et de family offices qui souscrivent au tour de pré-seed, on note les VCs Philippe Collombel (Partech) et Benoist Grossmann (Eurazeo), à titre privé. Et, dans l’advisory board, de grands noms comme celui du professeur Jacques Lewiner, père de la Livebox d’Orange et parrain de start-up comme EOS Imaging et Withings.

« Pour préserver l’avenir, un agent d’IA doit être flexible et permettre de passer d’un modèle à l’autre »

Sylvie Ouziel, précédemment CEO Shared Platforms chez Publicis, vient de créer BlueBridge AI.

Sylvie Ouziel, fondatrice de Bluebridge Group • D.R.

Qant. Satya Nadella soutient que les agents vont remplacer les applications. Est-ce votre vision des agents d’IA ? 

Sylvie Ouziel. Disons que c’est une vision à moyen et peut-être long terme. Il y aura toujours besoin de systems of record, de systèmes dans lesquels l’entreprise enregistre les transactions financières, les commandes, les factures. Dans la réalité, Microsoft propose des systèmes ERP et CRM, et dire que cette offre est désormais agentique permet peut-être de la rendre plus attractive. (...) Le vrai problème est qu’il n’y a aujourd’hui aucun appétit pour rajouter une nouvelle couche de Saas sur les dizaines, parfois les centaines qu’on peut trouver dans l’entreprise. Il faut que l’IA soit intégrée dans les workflows des collaborateurs. Et c’est ce qui fait le succès des agents.

Google, OpenAI, xAI

  • ChatGPT obtient une mémoire d’éléphant • OpenAI déploie une mise à jour de ChatGPT qui lui permet désormais de référencer directement les échanges précédents dans ses réponses, sans requête explicite. Contrairement à la version précédente, qui nécessitait d’indiquer manuellement ce que le modèle devait retenir, cette nouvelle fonctionnalité — qui ne n’est pas activée en Europe — intègre automatiquement le contexte des conversations précédentes dans le texte, la voix et les images générées. En savoir plus… 

  • Grok 3, cher et limité • xAI vient de lancer une API pour accéder au modèle Grok 3. Deux versions sont proposées : Grok 3 et Grok 3 Mini, avec des capacités de raisonnement, à des tarifs compris entre 0,30 centimes et 25 dollars par million de tokens selon les performances. Le modèle, qui alimente certaines fonctions de la plateforme X, reste plus coûteux que Gemini 2.5 Pro de Google, malgré des performances inférieures sur plusieurs benchmarks. L’API limite le contexte à 131 072 tokens, loin du million initialement annoncé. En savoir plus… 

  • L’IA pour aider au raccordement au réseau • Google s’allie à PJM, principal opérateur de réseau électrique de l’est des États-Unis, et à Tapestry, filiale d’Alphabet dédiée aux projets énergétiques, pour développer une IA capable d’accélérer le traitement des demandes de raccordement au réseau. L’initiative vise à désengorger un système saturé : à lui seul, PJM gère plus de 3 000 projets en attente représentant 287 gigawatts, principalement des installations solaires et de stockage. En tout, 2,6 terawatts sont bloqués à l’échelle nationale. L’IA doit automatiser la vérification des données et aider à planifier l’intégration de ces nouvelles capacités. En savoir plus…

Cryptos : Trump lime les griffes du fisc

La règle imposant aux plateformes de cryptos de partager avec l’IRS les données de trading décentralisée a été supprimée par le Congrès républicain.

  • Le président Donald Trump a signé en fin de semaine dernière une résolution annulant une règle de l’Internal Revenue Service (IRS) imposée aux protocoles de finance décentralisée et aux plateformes de crypto de signaler les transactions de leurs utilisateurs, à l’instar des autres brokers financiers.

Trump ouvre la porte à l’évasion fiscale • Qant avec GPT-4o

  • Cette règle, adoptée sous l’administration Biden, aurait obligé les plateformes DeFi à déclarer les produits bruts des ventes de crypto-actifs, incluant des données fiscales sur les utilisateurs.

  • Cette annulation constitue la première fois qu’un texte pro-crypto franchit l’ensemble du processus législatif aux États-Unis, devenant officiellement loi.

  • À SURVEILLER : La loi sur les stablecoins. Une législation sur les émetteurs de stablecoins est en attente de vote au Congrès, avec un objectif fixé à août pour l’envoi du texte final à la Maison Blanche.

Cent millions pour changer de route

La start-up californienne Nuro a levé 106 millions de dollars pour soutenir l’expansion commerciale de sa technologie autonome, désormais proposée en licence aux constructeurs automobiles.

Le véhicule sans conducteur de Nuro muni du système Nuro Driver.

Après huit ans de recherches et de tests en grandeur réelle, la start-up californienne de mobilité autonome Nuro, vient d’officialiser son pivot. Elle lève 106 millions de dollars dans le cadre d’un down-round qui porte la valorisation de la société à 6 milliards de dollars, contre 8,6 milliards en 2021. Le financement vise à soutenir la stratégie de recentrage de Nuro sur le développement et la commercialisation de sa technologie de conduite autonome, non plus via ses propres véhicules, mais par un modèle de licences destinées aux constructeurs et aux opérateurs de flottes commerciales.

Ce changement de modèle place désormais Nuro en concurrence directe avec d’autres développeurs de logiciels de conduite autonome, comme Wayve au Royaume-Uni ou Mobileye, spin-off d’Intel. À l’image de ses rivaux, Nuro parie sur une technologie intégrable aux plateformes existantes, qu’il s’agisse de robotaxis ou de véhicules particuliers.


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• BlueBridge mise sur une intégration automatisée et pragmatique des agents d’IA dans les systèmes existants, sans refonte globale.

• Nuro pivote : d’un fabricant de véhicules autonomes à un fournisseur de logiciels en licence pour les constructeurs.

« Pour préserver l’avenir, un agent d’IA doit être flexible et permettre de passer d’un modèle à l’autre »

Sylvie Ouziel, précédemment CEO Shared Platforms chez Publicis, est la présidente et fondatrice de Blue Bridge Group AI.

Qant. Satya Nadella soutient que les agents vont remplacer les applications. Est-ce votre vision des agents d’IA ? 

Sylvie Ouziel. Disons que c’est une vision à moyen et peut-être long terme. Il y aura toujours besoin de systems of record, de systèmes dans lesquels l’entreprise enregistre les transactions financières, les commandes, les factures. Dans la réalité, Microsoft propose des systèmes ERP et CRM, et dire que cette offre est désormais agentique permet peut-être de la rendre plus attractive. 

Si on prend l’exemple de Microsoft Copilot, les entreprises ne s’en sont pas saisies avec enthousiasme. Les questions qui se sont posées sur le cadre juridique, le sort des données, la propriété intellectuelle, et ainsi de suite, sont plus ou moins résolues désormais. De même pour les doutes sur la fiabilité des outils, les hallucinations, que l’on a appris à cadrer. Mais le vrai problème est qu’il n’y a aujourd’hui aucun appétit pour rajouter une nouvelle couche de Saas sur les dizaines, parfois les centaines qu’on peut trouver dans l’entreprise.

Il faut que l’IA soit intégrée dans les workflows des collaborateurs. Et c’est ce qui fait le succès des agents.

Qant. Comment définissez-vous un agent d’IA ? 

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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