Histoire d’un pigeon téléguidé

L’aide internationale américaine se reconstruira sur la blockchain • Comment réagir contre la dépendance numérique européenne • OpenAI et Meta veulent renforcer leur implantation en Inde • Des chercheurs chinois pilotent l’altitude de pigeons en vol via une stimulation cérébrale ciblée • Bienvenue dans Qant, mardi 25 mars 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

La blockchain pour réformer l’aide internationale américaine

L’administration Trump envisage d’utiliser la blockchain pour réformer la gestion de l’aide internationale, en renforçant la traçabilité et la mesure des résultats.

  • Des conseillers de Donald Trump ont fait tenir hier à la presse américaine, notamment Wired et Politico, un document présentant la future réorganisation de l’aide internationale américaine (USAID), bloquée par un executive order le 20 janvier.

  • Le projet interne prévoit d’intégrer la technologie blockchain dans les systèmes de passation de marchés de l’agence d’aide américaine, afin de garantir la sécurité, la transparence et la traçabilité des fonds.

  • Les distributions d’aide seront suivies via un registre numérique (DLT) et conditionnées à des résultats plutôt qu’à des dépenses engagées.

  • Cette approche s’inscrit dans un plan plus large de refonte de l’USAID, rebaptisée U.S. International Humanitarian Assistance, limitée dans ses missions et intégrée au département d’État. 

  • À SURVEILLER : L’efficacité de la blockchain. Le projet, porté par le Department of Government Efficiency dirigé par Elon Musk, présente la blockchain comme un levier d’efficacité et un outil de lutte contre les détournements. Sur le papier, cela pourrait même empêcher les conflits d’intérêt.

Comment contrôler à distance le vol d’un pigeon

Des chercheurs chinois ont démontré qu’il est possible de moduler en temps réel l’altitude de vol de pigeons vivants équipés d’implants cérébraux, grâce à une stimulation électrique ciblée d’une zone clé du tronc cérébral.

Un pigeon contrôlé à distance • Qant, M. de R. avec Midjourney

Des scientifiques des universités de Nanjing et de Pékin ont démontré qu’il est possible de contrôler dynamiquement l’altitude de vol de pigeons vivants, équipés d’implants cérébraux, en stimulant électriquement le locus coeruleus, une petite structure du tronc cérébral connue pour son rôle dans la régulation de la motricité. Le dispositif, embarqué sur le dos de l’animal, permet une modulation ascendante ou descendante de la trajectoire, sans affecter sa direction ni sa capacité de navigation autonome.

Cette technologie, testée en conditions extérieures sur huit pigeons entraînés au vol de retour, repose sur une interface cerveau-machine capable d’émettre des impulsions électriques vers la zone ciblée du cerveau. L’étude montre que selon la fréquence des impulsions, il est possible de provoquer une montée, une descente ou un maintien de l’altitude de vol, avec un haut niveau de fiabilité. Ce contrôle bidirectionnel de la hauteur constitue une avancée conséquente dans le développement de plateformes bio-hybrides pilotables en trois dimensions.

Représentation schématique du contrôle dynamique de l'altitude de vol d'un robot-pigeon par stimulation neuronale. • Source : Ke Fang et al.

Google, Harvard, Princeton

  • L’IA pour prédire l’activité cérébrale Des chercheurs de Google, Harvard et Princeton ont montré qu’un modèle d’IA comme Whisper d’OpenAI, qui transforme l’audio en texte, peut prédire l’activité cérébrale pendant des conversations naturelles. En utilisant cent heures d’enregistrements neuronaux, ils ont associé les signaux du cerveau à trois types de représentations produites par le modèle : les caractéristiques sonores, les traits liés à la parole et ceux liés au sens des mots. Ce qui laisse bien augurer des LLM multimodaux, bien plus puissants que Whisper. En savoir plus…

OpenAI et Meta ciblent l’Inde

OpenAI et Meta discutent d’un partenariat stratégique avec le groupe indien Reliance, pour distribuer leurs solutions d’intelligence artificielle en Inde, et à les héberger localement dans un data center géant.

  • OpenAI et Meta mènent des discussions séparées avec Reliance Industries,  un conglomérat indien présent dans l’énergie, les télécoms et le commerce, pour établir des partenariats autour de l’intelligence artificielle.

  • OpenAI souhaite que les filiales de Reliance distribuent ses services, dont ChatGPT, auprès des entreprises et consommateurs indiens via une API.

  • Le partenariat envisagé inclurait l’hébergement local des modèles d’OpenAI et Meta dans un nouveau centre de données de 3 gigawatts à Jamnagar, dans l’État du Gujarat.

  • À SURVEILLER : Pallier la fermeture de la Chine. ChatGPT et les réseaux de Meta sont interdits en Chine, qui reste fidèle à sa politique protectionniste et antilibérale. L’Inde forme le contrepoids naturel pour le développement en Asie de “AI, the American Intelligence”. 

FuriosaAI, Meta

  • Un Signal d’incompétence crasse • Le rédacteur en chef du magazine The Atlantic a été inclus dans une boucle Signal par laquelle le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le conseiller à la sécurité nationale Michael Waltz, notamment, préparaient des frappes dans le Golfe. Dans l’administration américaine, la messagerie Signal, cryptée de bout en bout, n’est pas autorisée pour les échanges confidentiels. Mais l’exemple de Donald Trump, qui n’a jamais été sensible aux considérations de sécurité nationale, a déteint sur ses subordonnés. En savoir plus…

  • Coacher les agents d’IA • Des chercheurs de Meta et de l’université de Berkeley ont présenté Sweet-RL, un algorithme d’apprentissage par renforcement conçu pour entraîner des agents IA capables de collaborer avec des humains sur des tâches complexes en plusieurs étapes. Contrairement aux méthodes classiques, Sweet-RL évalue chaque action individuellement grâce à une architecture asymétrique : le critique, doté d’informations supplémentaires comme la solution finale, permet d’améliorer la précision des décisions prises par l’agent. Les performances ont été testées sur un nouveau benchmark, CollaborativeAgentBench, qui comprend plus de 10 000 tâches de programmation et de conception web simulant des collaborations humaines. En savoir plus… 

  • FuriosaAI snobe Meta • La start-up sud-coréenne FuriosaAI a refusé une offre de rachat de 800 millions de dollars de la part de Meta. Fondée par d’anciens cadres de Samsung et AMD, l’entreprise conçoit des puces spécialisées dans l’exécution de modèles d’IA, notamment pour des tâches comme l’analyse vidéo ou les systèmes de recommandation. Son dernier processeur, baptisé RNGD, utilise une technologie de fabrication avancée et une mémoire très rapide adaptée aux charges de travail intensives en IA. Il est actuellement testé par une douzaine de clients, dont LG AI Research et Saudi Aramco. FuriosaAI prépare un nouveau tour de financement avant une possible introduction en bourse. En savoir plus…

L'Europe doit se libérer de sa dépendance numérique

La politique numérique de l'Union européenne s'est longtemps concentrée presque exclusivement sur la réglementation des applications et des services, la laissant dangereusement dépendante des géants américains de la technologie et incapable de rivaliser au niveau mondial. Face à Trump, tout est en train de changer.

Par Cristina Caffarra (UCL)

Cristina Caffarra (UCL), D.R.

« À tous les niveaux de la chaîne d'approvisionnement numérique – du matériel aux logiciels en passant par l'intermédiation –, l'Europe est de plus en plus une colonie. »

« Les initiatives numériques menées par la Commission européenne ont toujours été fragmentées et dépourvues d'orientation commerciale. (...) Mais le paysage a radicalement changé, car le brusque changement de politique des États-Unis a exercé une pression considérable sur les gouvernements européens pour qu'ils augmentent leurs dépenses en matière de défense. La souveraineté numérique et la cybersécurité sont désormais des piliers centraux de l'effort de l'UE pour atteindre l'autonomie stratégique. »

Qant est membre de Project Syndicate.


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Un implant cérébral permet de contrôler la hauteur de vol de pigeons vivants avec une grande précision.

• Face au repli américain, l’Europe cherche à construire ses propres fondations numériques. À la bonne heure.

Comment contrôler à distance le vol d’un pigeon

Des chercheurs chinois ont démontré qu’il est possible de moduler en temps réel l’altitude de vol de pigeons vivants équipés d’implants cérébraux, grâce à une stimulation électrique ciblée d’une zone clé du tronc cérébral.

Représentation schématique du contrôle dynamique de l'altitude de vol d'un robot-pigeon par stimulation neuronale. • Source : Ke Fang et al.

Des scientifiques des universités de Nanjing et de Pékin ont démontré qu’il est possible de contrôler dynamiquement l’altitude de vol de pigeons vivants, équipés d’implants cérébraux, en stimulant électriquement le locus coeruleus, une petite structure du tronc cérébral connue pour son rôle dans la régulation de la motricité. Le dispositif, embarqué sur le dos de l’animal, permet une modulation ascendante ou descendante de la trajectoire, sans affecter sa direction ni sa capacité de navigation autonome.

Cette technologie, testée en conditions extérieures sur huit pigeons entraînés au vol de retour, repose sur une interface cerveau-machine capable d’émettre des impulsions électriques vers la zone ciblée du cerveau. L’étude montre que selon la fréquence des impulsions, il est possible de provoquer une montée, une descente ou un maintien de l’altitude de vol, avec un haut niveau de fiabilité. Ce contrôle bidirectionnel de la hauteur constitue une avancée conséquente dans le développement de plateformes bio-hybrides pilotables en trois dimensions.

Un système de stimulation fondé sur la fréquence

...

Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

Les derniers articles publiés