Hugging Face construit une IA embarquée open source

La française Pollen Robotics rejoint Hugging Face • Menacé aux États-Unis, Meta fait la paix avec l'Europe • Visa rejoint le consortium stablecoin de Paxos • Le dauphin, un animal doué de raison – et d'un LLM • Comment l’Europe peut surmonter sa dépendance numérique des États-Unis • Bienvenue dans Qant, mercredi 16 avril 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Hugging Face butine Pollen Robotics pour préparer le futur de l’IA

Hugging Face a annoncé l’acquisition de la start-up française Pollen Robotics, créatrice du robot humanoïde open source Reachy 2. Le pionnier new-yorkais de l’IA générative continue ainsi de se préparer à l’IA embarquée.

Reachy 2, le robot humanoïde développé par Pollen Robotics

Hugging Face vient de racheter la start-up bordelaise Pollen Robotics, qui développe Reachy 2, un robot humanoïde modulaire open source, conçu pour la recherche, l’éducation et les applications d’intelligence artificielle incarnée. Plusieurs laboratoires universitaires, dont ceux de Cornell et de Carnegie Mellon, utilisent déjà ce robot. 

Hugging Face, qui s’étend vers l’IA embarquée depuis l’an dernier, avait collaboré au développement de Reachy 2. En mars dernier, Nvidia a choisi Hugging Face comme plateforme de référence pour l’hébergement de son modèle Gr00t N1, destiné aux robots humanoïdes. En mars 2024, Hugging Face avait présenté la bibliothèque logicielle LeRobotHF, utilisée en octobre pour le développement d’un bras robotisé, commercialisé à 100 dollars en partenariat avec l’entreprise française The Robot Studio.

La souveraineté technologique de l'Europe exige plus que de la compétitivité

Dans sa lutte permanente contre les géants américains de la technologie, l'Union européenne se concentre de plus en plus sur le renforcement de la compétitivité. Mais cette approche étroite risque d'asseoir le pouvoir démesuré de Big Tech plutôt que de le limiter, renforçant ainsi la dépendance de l'Europe à l'égard des infrastructures contrôlées par les États-Unis.

Par Marietje Schaake (Stanford) et Max von Thun (Open Markets Institute)

La compétitivité, cheval de Troie des Big Tech • Une caricature de Qant avec GPT-4o

« Le programme de déréglementation du rapport Draghi ait été favorablement accueilli dans la Silicon Valley, y compris par Elon Musk lui-même. »

« Dans un paysage géopolitique de plus en plus instable, la souveraineté est plus qu'une question de compétitivité. C'est une question de sécurité, de résilience et d'autodétermination. Les décideurs européens doivent donc mettre la compétitivité en balance avec d'autres objectifs, souvent plus importants. Une économie “compétitive” n'a que peu de valeur si elle se fait au détriment de la sécurité, d'un environnement numérique équitable et bien sûr, des libertés civiles et des valeurs démocratiques. »

Qant est membre de Project Syndicate.

Visa entre dans l’alliance stablecoin de Paxos

Le réseau Global Dollar Network accueille Visa comme premier acteur traditionnel de la finance dans une stratégie visant à redistribuer les rendements aux membres actifs du consortium.

  • Visa va rejoindre le consortium stablecoin USDG, dirigé par la société américaine régulée Paxos, aux côtés de Robinhood, Kraken, Galaxy Digital, Anchorage Digital, Bullish et Nuvei, selon les informations de Coindesk.  

  • L’entreprise devient le premier acteur financier traditionnel à s’associer à ce réseau conçu pour redistribuer les intérêts générés aux entités qui favorisent la connectivité et la liquidité.

  • Le stablecoin USDG, émis depuis Singapour par Paxos, a été lancé en novembre 2024 avec l’ambition d’accélérer l’adoption mondiale de monnaies numériques adossées au dollar. 

  • À SURVEILLER : Rémunérer les porteurs de stablecoins. Contrairement à Tether ou Circle, USDG entend répartir les bénéfices économiques issus des réserves entre ses membres, au lieu de les conserver.

Sous pression, Meta fait la paix en Europe

Meta annonce la reprise de l'entraînement de ses modèles d'intelligence artificielle à partir de contenus publics d'utilisateurs européens, après une pause liée aux négociations sur les données. Aux États-Unis, cependant, la menace de devoir céder Instagram et WhatsApp se précise.

  • En Europe, Meta commence cette semaine à utiliser des publications publiques et commentaires d’utilisateurs majeurs sur ses réseaux, pour entraîner ses modèles Llama d’intelligence artificielle, sur lesquels se base Meta AI

  • Le groupe assure qu’aucun message privé ni contenu d’utilisateurs mineurs ne sera utilisé, et que tous les formulaires d’opposition seront respectés. 

  • Meta affirme s’être alignée sur les pratiques de Google et OpenAI, qui utilisent déjà des données européennes pour leurs propres IA.

  • Un avis du Comité européen de la protection des données EDPB), rendu en décembre 2024, a validé la conformité de l’approche juridique initiale de Meta. L’EDPB regroupe les autorités nationales de protection des données, ainsi que le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD).

  • EN FILIGRANE : Cowboy. Depuis l’entrée en vigueur du RGPD en 2018, Meta a été sanctionné six fois, pour environ 2,5 milliards d’euros d’amendes, par l’autorité des données irlandaises, où le groupe a son siège européen. Assez cher, apparemment, pour conduire Mark Zuckerberg à modifier son comportement et le dissuder de déployer Meta AI sans le consentement des autorités européennes.

Trump et Zuck règlent leurs comptes à OK Corral, avec “masculinité” • Une caricature de Qant, avec GPT-4o

  • À SURVEILLER : OK Corral. Bien que le panorama des réseaux sociaux reste concurrentiel, avec l’entrée probable d’OpenAI, le triomphe de TikTok et la montée en puissance de TruthSocial, l’administration Trump a maintenu le procès antitrust contre Meta, auquel Mark Zuckerberg a témoigné hier. La Federal Trade Commission accuse Meta d’avoir racheté Instagram et Whatsapp dans le but d’étouffer la concurrence, et cela pourrait mener au démantèlement du groupe. Meta a proposé 1 milliard de dollars à la FTC pour arriver à un accord extrajudiciaire, mais celle-ci a réclamé 30 milliards. Le comportement de l’agence fédérale laisse penser que, malgré les efforts de Zuckerberg pour obtenir les bonnes grâces de Donald Trump, celui-ci ne lui a pas pardonné de l’avoir exclu des réseaux après le 6 janvier 2020. Absorbé par ce nouveau duel, Meta avait tout intérêt à fumer le calumet de la paix avec l’Europe.

AIE, Cohere, Fabula, Google, Runway

DolphinGemma, un LLM entraîné sur le langage des dauphins

  • Le modèle qui parlait à l’oreille des dauphins • Google vient de lancer DolphinGemma, un modèle d’IA conçu pour analyser les sons produits par les dauphins à partir des données du Wild Dolphin Project, un programme de recherche fondé en 1985 qui étudie une communauté de dauphins tachetés de l’Atlantique. Le modèle prédit les sons comme le ferait un modèle de langage, dans l’espoir de mieux comprendre, voire d’interagir avec ces animaux. Testé cet été avec un dispositif basé sur le Pixel 9, DolphinGemma sera disponible en open source pour les chercheurs. En savoir plus… 

  • Une cohérence multimodale • Cohere lance Embed 4, un nouveau modèle de recherche multimodal capable d’analyser des documents non structurés allant jusqu’à 200 pages (128 000 tokens). Destiné aux entreprises, il permet de créer des représentations numériques (embeddings) de textes, images ou documents scannés pour des usages RAG (retrieval augmented generation). Le modèle, déployable sur cloud privé ou sur site, vise les secteurs réglementés comme la finance ou la santé et se distingue par sa robustesse face aux erreurs de format ou d’orthographe. Il prend en charge plus de 100 langues. En savoir plus…

  • Une IA toujours plus énergivore • Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation mondiale d’électricité des data centers pourrait plus que doubler d’ici 2030 pour atteindre 945 TWh, tirée par la croissance de l’IA. Les États-Unis et la Chine représenteront 80 % de cette hausse. Le recours aux énergies renouvelables devrait également croître, mais le gaz naturel restera une source clé, notamment aux États-Unis. L’AIE alerte sur des retards possibles dus à des contraintes d’infrastructure, et souligne que l’IA peut optimiser la consommation, mais aussi aggraver les émissions si elle est mal utilisée. En savoir plus… 

  • Une fable pour Runway • Le studio chilien Fabula, fondé par Pablo et Juan De Dios Larraín, s’associe à Runway pour intégrer ses outils d’IA dans ses projets, de la préproduction aux effets spéciaux. Déjà utilisés sur The Shepherd, un film de science-fiction en tournage dans les Andes, ces outils permettent des prévisualisations haute fidélité dès la phase d’écriture. Fabula, basé à Santiago et connu pour Une femme fantastique et Spencer, a indiqué voir cette collaboration comme un moyen d’innover tout en gardant les réalisateurs au cœur du processus créatif. Runway, pour sa part, vient de lancer le modèle Gen-4 et de lever 308 millions de dollars, pour tenter de s’imposer sur le marché face à Google et OpenAI. En savoir plus…


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Pour préserver sa souveraineté numérique, l’Europe doit dépasser le seul objectif de compétitivité et limiter l’emprise des géants technologiques américains.

• Avec le rachat de Pollen, Hugging Face accélère dans l’IA embarquée et la robotique open source.

La souveraineté technologique de l'Europe exige plus que de la compétitivité

Dans sa lutte permanente contre les géants américains de la technologie, l'Union européenne se concentre de plus en plus sur le renforcement de la compétitivité. Mais cette approche étroite risque d'asseoir le pouvoir démesuré de Big Tech plutôt que de le limiter, renforçant ainsi la dépendance de l'Europe à l'égard des infrastructures contrôlées par les États-Unis.

Par Marietje Schaake (Stanford) et Max von Thun (Open Markets Institute)

Repenser la souveraineté européenne • Qant, M. de R. avec GPT-4o

Dans sa confrontation avec l'Europe, le président américain Donald Trump peut finir par instrumentaliser des technologies critiques. L'Union européenne doit prendre conscience de la véritable nature de cette menace et dépasser son approche actuelle, qui consiste à concurrencer les États-Unis sur le plan économique. Pour parvenir à une véritable souveraineté technologique, l'UE doit aller au-delà de l'attention étroite qu'elle porte à la compétitivité et à la déréglementation pour adopter une stratégie beaucoup plus ambitieuse.

Après avoir adopté plusieurs réglementations historiques sur les technologies ces dernières années, l'UE cherche désormais à stimuler l'innovation et à renforcer la compétitivité. S'appuyant sur l'influent rapport de 2024 de l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, la Commission européenne a récemment publié la Boussole de la compétitivité, sa feuille de route pour la mise en œuvre des recommandations de Draghi.

Le retard du secteur technologique européen 

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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