A Vivatech, la French Tech rebondit et l’écosystème français de l’IA affirme son ambition • Anthropic aide à comprendre les réseaux neuronaux • Les doubleurs français demandent une exception culturelle face à l’IA • 150 millions pour un réseau social sur blockchain • Bienvenue dans Qant, jeudi 23 mai 2024.


« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio
Chaque jour, les journalistes de Qant illustrent les tendances de fond qui animent la tech. Ils s’appuient sur Kessel Média et utilisent l’IA générative depuis mars 2022.
“Les JO connectés à Vivatech” (Photo : Qant, stand Orange)
« Vivatech est devenu le premier salon technologique au monde et nous le devons à un homme : Maurice Lévy ». Au moment de prendre la parole mercredi après-midi, Bruno Le Maire a d’abord un mot pour le président et fondateur de Vivatech. Car moins de cinq mois après le CES américain, l’ambition française est telle : faire de Vivatech la vitrine de la French Tech et de l’excellence à la française.
Après deux années de turbulences, la French Tech semble retrouver son élan, notamment grâce à l’IA. Les start-up françaises, qui ont subi une période d'austérité marquée par des réductions d'effectifs et un ralentissement des financements, montrent à Vivatech des signes encourageants de vitalité. Le compteur des licornes, autrefois un indicateur de succès, a redémarré avec l'émergence de Mistral AI, Pennylane (comptabilité) et Pigment (planification financière). Et les investisseurs américains sont de retour.
L’INTÉGRALITÉ DE CET ARTICLE EST DISPONIBLE EN FIN DE LETTRE
Une équipe de chercheurs d'Anthropic vient de présenter une technique qui permet de scanner un réseau neuronal. En utilisant une méthode appelée "apprentissage par dictionnaire", ils ont pu identifier des ensembles de neurones activés correspondant à des concepts spécifiques, appelés "features".
L'étude d'Anthropic, intitulée "Mapping the Mind of a Large Language Model", vise à mieux comprendre le fonctionnement des modèles de langage à grande échelle (LLM). Ces modèles, qui constituent le cœur des systèmes d'IA, produisent des réponses basées sur des entrées, mais le processus exact de génération de ces réponses reste souvent incompréhensible. Cette opacité peut engendrer des préoccupations concernant la fiabilité et la sécurité des réponses fournies par ces modèles, notamment en termes de biais, de désinformation ou de comportements dangereux.
En octobre 2023, Anthropic avait fait un pas en avant en organisant l'état interne de ces modèles en unités de "caractéristiques" plutôt qu'en unités de neurones. Cette méthodologie a été initialement appliquée à un modèle simple, mais les chercheurs ont depuis étendu cette technique à des modèles plus complexes, notamment Claude 3.0 Sonnet, le membre intermédiaire de la famille des modèles de pointe d'Anthropic.
Anthropic a ainsi pu identifier des caractéristiques internes qui correspondent à des concepts spécifiques. Par exemple, le modèle réagit à des entrées concernant le "Golden Gate Bridge" et d'autres concepts associés comme "Alcatraz Island" et "Ghirardelli Square". D'autres caractéristiques identifiées répondent à des concepts plus abstraits tels que les erreurs de codage, les biais de genre et la confidentialité. Les chercheurs ont également mesuré les "distances" entre différentes caractéristiques en examinant les schémas d'activation des neurones.
Cette analyse a révélé que les concepts internes des modèles d'IA reflètent, dans une certaine mesure, les similitudes perçues par les cerveaux humains, ce qui pourrait expliquer les capacités analogiques et métaphoriques avancées de Claude.
Pour en savoir plus :
Mapping the Mind of a Large Language Model, Anthropic
L’IA, la censure et la pédophilie • Un homme a été arrêté dans l'État du Wisconsin aux États-Unis pour avoir créé et diffusé des images d'abus sexuels d'enfants à l'aide de l'IA. Steven Anderegg, un ingénieur logiciel de 42 ans, aurait envoyé ces images à des mineurs sur Instagram, après les avoir créées via Stable Diffusion, utilisant des modules complémentaires du modèle, spécialisés dans la production d'organes génitaux. Plusieurs géants de l'IA dont Google, Meta et OpenAI se sont engagés il y a un mois à éliminer les contenus d'abus sexuels sur mineurs de leurs jeux d’entraînement (lire Qant du 25 avril). Par ailleurs, ChatGPT s’est refusé à écrire le brouillon de l’article que vous venez de lire, car le contenu “pourrait enfreindre les politiques d’utilisation d’OpenAI”. Celle-ci réfléchit à libéraliser la création pornographique via ses modèles. Mais pas l’information.
Pour en savoir plus : Washington Post
Oui-Oui, Titeuf et Homer Simpson contre l’IA • Plusieurs doubleurs français, dont les voix de Oui-Oui (Brigitte Lecordier), Homer Simpson (Philippe Peythieu) ou encore Titeuf (Donald Reignoux), viennent de lancer une alerte contre l'utilisation de l'intelligence artificielle dans leur métier. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, ils dénoncent le risque que leurs voix soient remplacées par des robots, entraînés sans leur consentement. Ces artistes, soutenus par une pétition en ligne lancée en janvier dernier, appellent la ministre de la Culture, Rachida Dati, à protéger le doublage en France au titre de l’exception culturelle.
Pour en savoir plus : Le Figaro
125 millions pour faire chanter Suno • La start-up américaine Suno, spécialisée dans l'IA musicale, vient de lever 125 millions de dollars lors de sa dernière levée de fonds. Suno utilise l'intelligence artificielle pour permettre à quiconque de créer des chansons originales en entrant simplement des textes ou des paroles. Suno réserve les droits commerciaux de ses chansons aux utilisateurs payants, tout en permettant l'utilisation non commerciale par les utilisateurs gratuits. Le financement a été dirigé par Lightspeed Venture Partners, et vise à accélérer le développement de la technologie de Suno et à démocratiser la création musicale.
Pour en savoir plus : Venturebeat
Start-up médiatique cherche repreneur • N’est pas Steve Jobs qui veut. Humane, la très médiatique startup à l'origine de l'AI Pin (lire Qant du 10 novembre 2023), cherche désormais un acheteur. L'AI Pin, une broche de 34 grammes capable de donner accès à une IA à la voix ou via un écran projeté, et ainsi rechercher des informations, prendre des photos ou encore passer des appels vocaux a été critiqué pour ses réponses lentes et une expérience utilisateur décevante. Valorisée à 850 millions de dollars (783 M€) en 2023, Humane a levé 230 millions de dollars (212 M€) auprès d'investisseurs, dont le CEO d'OpenAI, Sam Altman (lire Qant du 25 avril 2023).
Pour en savoir plus : Bloomberg, The Verge
150 millions pour un réseau social sur blockchain • Farcaster vient de lever 150 millions de dollars (135 M€) lors d'un tour de financement dirigé par Paradigm, avec la participation d’Andreessen Horowitz, Haun Ventures, USV et Variant. Cette levée de fonds soutiendra le développement et l'expansion du réseau social sur blockchain, qui prévoit d'ajouter des fonctionnalités comme une messagerie directe courant 2024. Depuis octobre, Farcaster a enregistré 350 000 inscriptions payantes et une augmentation d'un facteur 50 de l'activité réseau. La plateforme a également ajouté le support pour la blockchain Arbitrum, portant le nombre total de réseaux supportés à trois, avec Solana et Ethereum.
Pour en savoir plus : The Block
Microsoft et Meta voient la vie en 3D • A l'occasion de l'événement Build, Microsoft a annoncé l'arrivée des "applications volumétriques Windows" sur les casques Meta Quest. Cela permettra de visualiser et de manipuler des objets 3D, comme un modèle détaillé d'une manette Xbox, directement depuis un casque Meta Quest 3. Les développeurs peuvent s'inscrire pour accéder à cette technologie et intégrer leurs applications 3D de bureau Windows dans un environnement de réalité mixte. Cette initiative s’inscrit dans la collaboration entre Microsoft et Meta, qui inclut notamment déjà des applications Office sur Quest VR.
Pour en savoir plus : The Verge
Un laboratoire de l'École d'ingénierie de l'université de Boston a présenté un bras robotisé en train de déposer de petits objets en plastique dans une boîte. Le robot, nommé Mama Bear, utilise une imprimante 3D pour créer des structures, puis les écrase pour tester leur capacité à absorber l'énergie. Elle enregistre ensuite chaque détail dans une base de données. Ce processus repose sur une optimisation où chaque nouvelle structure est légèrement modifiée en fonction des résultats des expériences précédentes. En créant des formes capables d’absorber des chocs de plus en plus importants, les chercheurs de l’université de Boston expliquent pouvoir innover dans la conception de casques ou de pare-chocs de voiture.
Les données collectées par Mama Bear sont déjà utilisées pour concevoir de nouveaux rembourrages de casques pour les soldats de l'armée américaine. Ces rembourrages ont été testés sur le terrain pour assurer confort et protection contre les impacts.
Grâce à des itérations incessantes, Mama Bear a testé plus de 25 000 structures en trois ans, atteignant une efficacité d'absorption d'énergie de 75%, un record dans le domaine. Ces structures ont des applications potentielles variées, allant des équipements de protection pour les athlètes à l'emballage de matériel délicat. L'objectif est de trouver l'équilibre parfait entre solidité et absorption des impacts.
Le laboratoire KabLab de l'université de Boston, dirigé par le professeur Keith Brown, utilise plusieurs robots autonomes pour des recherches variées. Par exemple, Nano Bear étudie le comportement des matériaux à l'échelle moléculaire, et Panda Bear teste des matériaux polymères pour des batteries.
Pour en savoir plus :
Kelsey L. Snapp, Superlative mechanical energy absorbing efficiency discovered through self-driving lab-human partnership, Nature, 2024
En exclusivité pour les abonnés :
Le salon Vivatech s’est ouvert cette semaine à Paris, dans un contexte d’effervescence retrouvée de la French Tech et des start-up françaises dopées à l’IA.
Le CES à la française semble illustrer une nouvelle relation entre start-up et grands groupes.
Bruno Le Maire remercie Maurice Levy (Publicis), président de Vivatech (Photo : Qant)
« Vivatech est devenu le premier salon technologique au monde et nous le devons à un homme : Maurice Lévy ». Au moment de prendre la parole mercredi après-midi, Bruno Le Maire a d’abord un mot pour le président et fondateur de Vivatech. Car moins de cinq mois après le CES américain, l’ambition française est telle : faire de Vivatech la vitrine de la French Tech et de l’excellence à la française.
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