Le jour où Elon Musk rend des comptes

Tesla présente ses résultats alors qu’Elon Musk semble en panne politique et technologique • ChatGPT vote contre Bernard Arnault • Circle tourne autour des paiements • OpenAI module son API • 75 millions pour des agents de sécurité IA • La menace sur le dollar fera-t-elle revenir Trump au bon sens ? • Bienvenue dans Qant, mardi 22 avril 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Chroniques du Teslacrash, suite

Alors que Donald Trump fait replonger les marchés, Tesla doit présenter aujourd’hui ses résultats et un “company update”. Pour tenter de masquer la panne d’innovation et sa propre perte d’influence politique, Elon Musk devra faire preuve d’une grande inventivité.

Sortie de route pour Tesla • Qant, M. de R. avec GPT-4o

  • SHOWROOM. Malgré la transformation de la Maison-Blanche en vitrine pour ses voitures, l’installation très médiatisée d’Elon Musk à la tête de la réforme de l’État fédéral n’a pas été favorable à la seule entreprise cotée du groupe Musk, le constructeur de véhicules électriques Tesla

  • Les immatriculations ont fortement reculé au premier trimestre (-15 % en Californie d’après Reuters, -36% en France et -62% en Allemagne), sous l’effet d’une très militante campagne de boycott, alors que le chinois BYD est devenu le premier constructeur mondial de véhicules électriques.

  • ACTE DE FOI FINANCIÈRE. Après avoir presque doublé, frôlant les 480 dollars en début d’année, les actions de Tesla ont replongé sous leur niveau lors de l’élection de Donald Trump : 240 dollars lundi contre 250 en novembre 2024. 

  • À ce niveau, elles continuent de se négocier 56 fois le résultat net de l’entreprise, deux fois le PER d’Apple et dix fois celui de Ford. Les investisseurs continuent de prêter foi à deux projets d’IA, tous deux en fort retard : les robotaxis et les robots humanoïdes.

  • DÉPART RATÉ… Présentés il y a deux ans, les robots Optimus ont été placés au cœur du pivot de Tesla vers l’intelligence artificielle (lire Qant du 14 décembre 2023). Cependant, ce sont la canadienne Figure et la chinoise Agibot qui, les premières, ont pris le départ vers la production en série d’humanoïdes. De Boston Dynamics, filiale de Hyundai, à la chinoise UB Tech, nombreux sont les constructeurs qui semblent prêts à leur emboîter le pas. Tesla doit convaincre que les Optimus sont encore dans la course et que l’objectif de production de 10 000 robots par mois à partir de la mi-2025 sera tenu.

  • …RETARD À L’ARRIVÉE Mercredi dernier, Reuters a révélé que les plans de mise en production du Cybercab ont été “disruptés” et, sans doute, arrêtés. Ce véhicule sans pédales ni volant, dédié au robotaxi, doit commencer en juin un pilote à Austin au Texas, puis dans d’autres villes américaines, avant d’être mis en production l’an prochain.

  • Or, les tarifs douaniers de 145 % que Donald Trump impose contre la Chine bloquent l’importation de composants essentiels pour le Cybercab. Sans parler des deux usines de Shanghai, construites pour plus de 2 milliards de dollars, dont les ventes se sont écroulées de 21,8% au premier trimestre d’après la China Passenger Car Association.

  • EN FILIGRANE : En matière de robotaxis, Amazon doit également rentrer sur le marché américain. Pour l’heure, la filiale de Google Waymo continue de creuser son avance, tout comme, en Chine, Baidu, Pony.ai, AutoX et WeRide (lire Qant du 29 novembre 2024). Les données collectées par les Tesla en circulation, dont les marchés ont fait grand cas, perdent de leur valeur relative.

  • À SURVEILLER : Tesla et la politique. Alors qu’Apple a réussi à tirer son iPhone du jeu des tarfis douaniers, la position privilégiée d’Elon Musk au sein de l’administration Trump ne lui a pas permis d’éviter que Tesla soit victime de la guerre commerciale. Au contraire, son engagement politique a nui à l’image de sa société, aggravant les difficultés de recrutement et la panne d’innovation du constructeur. Il lui faut ce soir raviver le feu sacré, mais la tâche est de plus en plus difficile.

Circle tourne plus vite

Son IPO a été renvoyée sine die par la guerre commerciale trumpienne et la crise financière qui s’en est ensuivie, mais l’émetteur du deuxième stablecoin mondial ne s’avoue pas battu. Outre un protocole de remboursement décentralisé, il pourrait annoncer aujourd’hui un nouveau statut bancaire et l’embryon d’un réseau international de paiements.

  • Circle vient de lancer le Refund Protocol, un système de contrats intelligents permettant de bloquer temporairement des paiements en stablecoins afin de gérer les remboursements en cas de litige.

  • Le protocole fonctionne sans dépositaire centralisé : les fonds restent bloqués sur un contrat et ne peuvent être libérés que par décision conjointe du vendeur ou d’un arbitre tiers désigné.

  • En cas de désaccord, un arbitre neutre peut autoriser un remboursement ou valider la transaction, sans jamais pouvoir détourner les fonds vers une autre adresse.

  • Le système permet des retraits anticipés avec l’accord hors chaîne du vendeur, enregistré via une signature numérique.

  • EN FILIGRANE. Un petit pas pour les paiements, un grand pas pour les stablecoins. Pour être adopté par les marchands sur Internet, le Refund Protocol devra surmonter trois principales limites : une consommation de ressources sur Ethereum accrue, l’absence de rendement pour les fonds bloqués et la difficulté à intégrer certaines interfaces de portefeuilles. 

  • À SURVEILLER : Un changement de statut. Circle présente aujourd’hui à New York un nouveau produit destiné aux banques, aux fintechs et aux prestataires de services de paiement. La start-up préparerait un réseau de paiement interbancaire comparable à Visa et Mastercard ainsi que, d’après le Wall Street Journal, la demande d’une licence bancaire.

Face à une possible crise du dollar

Le 2 avril, Donald Trump a ouvert le vase de Pandore. La confiance ébranlée des investisseurs dans le dollar n’a pas été confortée par ses déclarations successives contre la Fed. 

Cela pourrait ouvrir la porte à une nouvelle manière de financer la dette publique américaine, via les stablecoins, comme l’anticipe la banque britannique Standard Chartered (lire Qant du 17 avril). 

Dans l’immédiat, cependant, l’index Merrill Lynch Option Volatility Estimate (MOVE), qui reflète la volatilité dans les futures sur les obligations du Trésor américain, reste bien au-dessus de sa moyenne de long terme et une crise financière qui ferait perdre au dollar son statut de monnaie de réserve reste tout à fait possible. 

Pour l’éviter, explique Barry Eichengreen, il faudrait que Trump revienne au bon sens économique et historique. 

On peut rêver.

Le passé de la livre sterling et l'avenir du dollar

Le président américain Donald Trump affirme vouloir préserver le rôle international du dollar en tant que monnaie de réserve et de paiement. Si c'est vrai, l'histoire de la livre sterling suggère qu'il devrait promouvoir la stabilité financière, limiter l'utilisation des droits de douane et renforcer les alliances géopolitiques de l'Amérique.

Par Barry Eichengreen (Berkeley)

Les leçons de l’étalon-or • Qant, M. de R. avec GPT-4o

« Les leçons à tirer pour ceux qui cherchent à préserver le statut du dollar en tant que monnaie mondiale sont claires. Primo, éviter l'instabilité financière, ce qui, dans le contexte actuel, signifie ne pas laisser les problèmes de la sphère crypto se propager au reste du système bancaire et financier. Secundo, limiter le recours aux droits de douane, car la large utilisation internationale du dollar découle en grande partie des relations commerciales de l'Amérique avec le reste du monde. Tertio, préserver les alliances géopolitiques du pays, car ce sont les partenaires de l'Amérique qui sont les plus susceptibles de considérer les États-Unis comme un gardien fiable de leurs actifs étrangers et de détenir leur monnaie en signe de bonne foi. »

Qant est membre de Project Syndicate.

Quand ChatGPT vote contre Bernard Arnault

Alors que l’audience de ChatGPT ne cesse de croître, un assistant basé sur ChatGPT a passé au crible les résolutions des assemblées générales du CAC 40 selon des critères ESG. Il recommande de voter contre le renouvellement du mandat de Bernard Arnault chez LVMH et, dans 87 % des cas, contre l’augmentation de la rémunération des dirigeants.

Une IA à l’assemblée générale • Qant, M. de R. avec GPT-4o

Chat GPT peut-il avoir une influence sur les actionnaires du CAC40, particulièrement les actionnaires individuels ?  À l’occasion des assemblées générales des entreprises du CAC40, dont les premières ont commencé à se tenir début avril et qui vont se multiplier comme des fleurs de printemps, le cabinet Reputation Age – cofondé par un ancien membre du collège de l’AMF et président de l’association des actionnaires individuels – a présenté un assistant d’aide au vote fondé sur ChatGPT. Conçu pour les actionnaires individuels, l’outil – baptisé ESG Bro – propose une grille d’analyse des résolutions selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

ESG Bro valide toutes les résolutions de Legrand et Airbus, et 28 des 29 présentées aux actionnaires d’AXA. En revanche, il rejette en bloc les résolutions de Teleperformance, jusqu’à l’approbation des comptes. Il refuse systématiquement d’augmenter la rémunération de dirigeants qui n’adopte pas d’ambitieux objectifs ESG, ce qui le conduit à s’opposer aux résolutions concernant Alexandre Bompard (Carrefour), Bernard Charlès (Dassault Systèmes), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Arthur Sadoun (Publicis), et bien d’autres.

Quant à Bernard Arnault, à la tête du groupe LVMH, ChatGPT prescrit non seulement de refuser d’augmenter sa rémunération et repousser la limite d’âge le concernant, mais de ne pas renouveler son mandat. 

Dangereux activiste.

Google, xAI

  • Grok aussi se souvient • xAI vient d'ajouter une fonction de mémoire au chatbot Grok, qui lui permet de conserver des informations issues des conversations passées pour fournir des réponses plus personnalisées. Disponible en version bêta sur Grok.com et via les applications iOS et Android, cette fonctionnalité n’est pour l’instant pas accessible aux utilisateurs européens, où la réglementation sur la protection des données est plus sévère. Les utilisateurs peuvent consulter, gérer ou supprimer ces “mémoires” depuis les paramètres de confidentialité, et désactiver la fonction à tout moment. Des services concurrents comme ChatGPT (lire Qant du 14 avril) et Gemini proposent déjà des fonctionnalités similaires de mémoire persistante. En savoir plus… 

  • Un Gemini pas si sûr • Le rapport technique publié par Google sur Gemini 2.5 Pro est jugé trop succinct par Peter Wildeford (Institute for AI Policy and Strategy) et Thomas Woodside (Secure AI Project), qui estiment qu’il ne permet pas de vérifier si Google respecte ses engagements en matière de sécurité. Le document ne mentionne pas le Frontier Safety Framework pourtant censé encadrer les capacités à risque. Woodside souligne également que Google n’a pas publié de résultats de tests sur les capacités dangereuses depuis juin 2024. En savoir plus… 

  • Google choye les étudiants américains • Google offre gratuitement son abonnement One AI Premium aux étudiants des universités américaines jusqu’au 30 juin 2026, soit plus d’un an d’accès sans frais à ses outils d’intelligence artificielle. Les inscriptions doivent être effectuées avant le 30 juin 2025 avec une adresse e-mail universitaire. Le forfait inclut 2 To de stockage cloud et l’accès à Gemini Advanced, un assistant IA basé sur le modèle Gemini 2.5 Pro, ainsi qu’à des fonctions de résumé automatique, de conversion audio, et d’intégration dans Google Docs, Sheets et Slides. Il comprend aussi des outils récents comme Veo 2, un générateur vidéo à partir de texte, et Whisk, qui combine texte et image pour créer du contenu. En savoir plus…

Exaforce lève 75 millions de dollars pour ses agents de sécurité.

La start-up Exaforce obtient 75 millions de dollars pour développer une plateforme de cybersécurité automatisée mêlant plusieurs modèles d’intelligence artificielle, avec l’ambition de transformer en profondeur les opérations des centres de sécurité.

  • Exaforce a levé 75 millions de dollars lors d’un tour de table de série A co-dirigé par Khosla Ventures, Mayfield et Thomvest Ventures, afin d’accélérer le développement de sa plateforme agentique SOC. 

  • Fondée en 2023 par des anciens de Google, F5 et Palo Alto Networks, la start-up mise sur des agents d’intelligence artificielle baptisés "Exabots", associés à une exploration avancée des données, pour réduire par dix la charge de travail humaine dans les centres de sécurité.

  • La plateforme introduit une approche multi-modèles combinant modèles sémantiques, comportementaux, statistiques et de connaissance, permettant un raisonnement sur l’ensemble des données sans se limiter aux capacités des seuls modèles de langage.

  • À SURVEILLER : L’agent pour tirer la charrue dans le SOC. Exaforce cible les défis récurrents des centres d’opérations de sécurité (SOC), comme les volumes d’alertes massifs, les faux positifs, le manque de détection dans le cloud et la pénurie de talents, en proposant une automatisation précise et scalable.


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Reputation Age teste l’usage de l’IA générative pour automatiser l’analyse des assemblées générales en fonction d’engagements extra-financiers.

• Pour préserver le rôle du dollar, les États-Unis doivent éviter les erreurs commises par la Grande-Bretagne avec la livre sterling : stabilité, alliances et modération commerciale sont essentielles.

Quand l’IA s’invite aux assemblées

Un assistant basé sur ChatGPT a passé au crible les résolutions des AG 2025 du CAC 40 selon des critères ESG.

Une partie du prompt rédigé par Reputation Age

À l’occasion de la saison 2025 des assemblées générales, le cabinet Reputation Age a développé un assistant d’aide au vote fondé sur ChatGPT. Conçu pour les actionnaires individuels, l’outil — baptisé ESG Bro — propose une grille d’analyse des résolutions selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Un prompt qui reprend le profil de nombreux investisseurs

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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