Construire l'autonomie européenne de l'IA

Si Fable 5 est un signal d'alarme, Europe 2031 sonne le tocsin • Eurosatory et Vivatech montrent la possible rescousse technologique européenne • Qui veut nationaliser l'IA ? • Bienvenue dans Qant, nouvelle série, n°3.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » • Paul Virilio

Le réveil par la coupure

Chère lectrice, cher lecteur,

La répétition, semble-t-il, est la base de la pédagogie. Après le discours de JD Vance à Munich en 2025, après les tarifs de Trump, après le demi-abandon de l’Ukraine, après les menaces d’annexion du Groenland, après le comportement inconséquent qui a mené à la fermeture du détroit d’Hormuz, il aura fallu le retrait de Fable 5 pour provoquer une prise de conscience des Européens, du moins à en juger par ceux qu’on croisait sur les deux salons très français de la semaine dernière, Eurosatory et VivaTech. « Ce n’est pas un épisode de plus : c’est un signal d’alarme », a résumé sur scène à VivaTech Chrystel Heydemann, la PDG d’Orange.

Ironiquement, les restrictions imposées à Anthropic ne sont aucunement un signal lancé contre l’Europe. L’administration Trump semble avoir pris la mouche sur l’inclusion de la coréenne SK Telecom dans la liste des entreprises ayant accès à Mythos, non celle de BNP Paribas. Le tandem économique Scott Bessent/Howard Lutnick a sauté sur l’occasion et pris le relais du secrétaire à la Défense Pete Hegseth dans la guerre que mène l’administration contre Anthropic. Rien de ce qui a été reproché à Dario Amodei, le CEO d’Anthropic, ne l’aurait été au très institutionnel Sundar Pichai, au plus pliant Sam Altman, ni bien sûr à Elon Musk. Mais il ne s’agirait pas de laisser un rival des « tech bros » du président Trump prendre la tête de la course à l’IA.

L’Europe éprouve en revanche, en grandeur réelle, les conséquences de son retard technologique. Le scénario Europe 2031, mis en ligne par un collectif de chercheurs et d’investisseurs, en donne la mesure : le continent héberge environ 5 % de la puissance de calcul mondiale dédiée à l’IA, contre 80 % aux États-Unis (et 70 % du cloud européen est dans les mains des hyperscalers américains). Les auteurs jugent la réponse européenne « dix à cent fois trop faible ». L’Europe se languit, lanterne rouge du déploiement de data centers.

Néanmoins, d’un plan IA à 200 milliards d’euros à ReArm Europe (>800 Md€), des « gigafactories AI » à une base industrielle de défense qui copie le cycle ultra-court de l’Ukraine, une rescousse semble s’organiser. Le premier juillet, le Cercle Europe IA et Finance discutera, précisément,

D’ici à ce que l’Europe puisse offrir l’asile politique à Claude et une IPO convenable à Anthropic, il y faudra quelque effort.

Jean Rognetta


« L’accès à Fable 5, le modèle surpuissant d’Anthropic, a été suspendu pour les personnes et entreprises non américaines, au nom de la sécurité nationale des États-Unis. Ce n’est pas un épisode de plus : c’est un signal d’alarme » • Chrystel Heydemann, PDG d’Orange, à VivaTech.


IA et Finance : construire l’autonomie stratégique européenne

En partenariat avec Qant et l’Institut Louis-Bachelier, le Cercle Europe IA et Finance vous invite à une matinale-débat, le 1er juillet, à 08h30, à Paris.

En partenariat avec Qant, les analyses de Project Syndicate sur le déploiement de l’IA dans le monde.

Anthropic : sortir du piège de la dépendance à l'IA

La décision brutale du gouvernement américain de suspendre l’accès des étrangers aux modèles Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic met en lumière ce que recouvre réellement la « souveraineté de l’IA ». Dans l’économie de l’IA qui se dessine, l’avantage compétitif ne viendra pas de la possession d’un modèle unique, mais de la capacité à évaluer, choisir et orchestrer une multitude de modèles.


L'IA contre la liberté et l'égalité

L’intelligence artificielle générale pourrait accroître spectaculairement la prospérité humaine et libérer les individus d’innombrables tâches routinières. Mais à moins que ses bénéfices et sa propriété ne soient largement partagés, elle pourrait priver des milliards de travailleurs de leurs moyens de subsistance et ouvrir la voie à une nouvelle forme de techno-autoritarisme.


L'État actionnaire de l'IA : une idée séduisante aux effets pervers


À première vue, les informations selon lesquelles les gouvernements américain et chinois envisagent tous deux de prendre des participations dans leurs champions nationaux de l’IA pourraient laisser croire à un rapprochement dans les stratégies entre les deux principales puissances mondiales en la matière. Mais, à y regarder de plus près, on découvre de profondes divergences dans leurs stratégies de fond.


Qant est membre de Project Syndicate

EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Europe 2031 : le problème • Le premier scénario chiffré du décrochage européen dans l’IA.

• VivaTech 2026, ou comment mobiliser les civils • L’Europe de l’IA part à la recherche de sa souveraineté.

• Eurosatory 2026, ou comment éclairer les militaires • L’IA et les systèmes autonomes redéfinissent la guerre en réseau.


« Europe 2031 » : un scénario chiffré du décrochage européen dans l’IA

L’interdiction de Fable 5 donne un relief particulier à Europe 2031, un scénario prospectif sur cinq ans écrit par un collectif de chercheurs, d’experts de haut niveau et d’investisseurs européens. Sa thèse : l’IA avancée devient une infrastructure générale de puissance qui conditionne la productivité, la cybersécurité, la défense, la recherche, l’industrie, la capacité budgétaire et la diplomatie. Si bien que l’Europe risque de perdre, au-delà de la compétition industrielle, les moyens matériels de sa souveraineté politique.

  • 2027 : les hackers à la fête… • Dans le scénario, en 2027, un modèle open source du niveau de Claude Mythos devient disponible. Cela déclenche une vague de rançongiciels dont tombent victimes les pays qui n’ont pas disposé, à l’avance, d’un modèle similaire pour protéger leur sphère numérique. En particulier, cela rend vains les efforts franco-allemands d’imposer une IA « exclusivement européenne » au secteur public.

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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