GPT-5.6 et le nouveau régime de licences IA • Z.ai présente un Mythos chinois • Tous les chiffres de l'IA économie • Bienvenue dans Qant, nouvelle série, n°4.


« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » • Paul Virilio
On y prend vite goût. Après avoir imposé à Anthropic de ne pas laisser des citoyens non américains accéder à ses modèles de pointe, l’administration Trump a imposé vendredi à OpenAI un régime encore plus restrictif. À elle d’approuver, au cas par cas, les clients qui ont accès au nouveau modèle de pointe, GPT-5.6. OpenAI présente ce régime d’autorisation préalable comme transitoire, le temps de bâtir avec l’administration un cadre stable.
La capacité des nouveaux modèles à détecter des failles dans le code informatique les rendrait, explique-t-on, particulièrement dangereux s’ils venaient à tomber dans des mains chinoises, russes ou nord-coréennes. Il convient, en conséquence, d’installer un régime de licences entièrement régi par Washington, sanctionnant l’échec des efforts pour créer une réglementation internationale aux sommets de Bletchley Park, Séoul, Paris et New Delhi.
Cette raison semi-officielle, toutefois, s’est vue aussitôt vidée de son sens par les performances de la chinoise Z (ex-Zhipu). Son dernier modèle, GLM-5.2, semble égaler Mythos d’Anthropic sur la détection de failles, mais il est open source et open weights : n’importe qui peut le télécharger et le faire évoluer à sa guise.
Si les analyses de deux cabinets de cybersécurité, Graphistry et Semgrep, se confirment, on peut donc raisonnablement s’attendre à une vague de cyberattaques sans précédent, sans que Washington ni qui que ce soit ne puisse l’éviter. Même si le cri d’alarme se révèle infondé, ou peut-être manipulé, il semble inévitable que tôt ou tard des hackers, étatiques ou mafieux, transforment des modèles open weights en instruments d’attaque surpuissants. Cette « bugalypse » semble bien plus proche que le percement des algorithmes de chiffrement par l’informatique quantique.
Plusieurs analystes, et notamment Zvi Mowshowitz, voient surtout à l’œuvre la volonté de la Maison-Blanche de désigner les futurs gagnants et perdants de la course à l’IA. Anthropic, en froid avec l’administration sur l’IA militaire et marquée par ses liens avec des fondations progressistes – Trump l’a qualifiée en février d’« entreprise gauchiste woke » et ses dirigeants de « tarés gauchistes »–, reste plus suspecte qu’OpenAI, dont le président Greg Brockman a financé un comité pro-Trump et qui a soutenu publiquement l’approche de l’administration.
Quoi qu’il en soit, si l’avance des grands laboratoires américains est véritablement en train de se réduire, et que les modèles chinois les talonnent de vraiment près, le protectionnisme américain se révélera contreproductif. Il organisera le basculement de la demande mondiale vers la Chine, à l’instigation de l’Amérique elle-même. Privées des modèles de pointe américains, le futures gigafactories européennes ne pourront que proposer les modèles chinois en complément de leurs homologues européens, Mistral, H, Ami, etc. La nouvelle politique de Washington réduit le marché potentiel des leaders américains. Ce faisant, elle mine leur capacité à se financer et, donc, à se maintenir en tête de la course.
Les informations du New York Times, sur un possible report de l’IPO d’OpenAI à l’an prochain, faute de pouvoir atteindre la barre des mille milliards de dollars de valorisation, vont dans le même sens. Une introduction en Bourse d’Anthropic, soumise au couperet arbitraire de la Maison-Blanche, semble improbable avant que le régime de Washington ne change. Le champion des valeurs trumpiennes dans l’IA, SpaceX (xAI), semble être en train de pivoter vers les data centers (et plutôt dans le Tennessee qu’en orbite).
Reste Google. Le groupe avait annoncé en mai la disponibilité « courant juin » de Gemini 3.5 Pro, que son immense fenêtre de contexte – 2 millions de tokens – devrait rendre particulièrement puissant. Il reste deux jours, après quoi le retard deviendrait criant.
Le travail et l’emploi jouent un rôle singulièrement déterminant dans l’organisation du quotidien, en procurant un sentiment d’appartenance, de statut et de valeur personnelle. Même si les promoteurs de l’IA assurent que les individus trouveraient spontanément de nouvelles sources de sens si la plupart des emplois étaient automatisés, rien ne permet de le présumer. Carl Benedikt Frey, professeur associé à l’Oxford Internet Institute, affirme que l’abondance matérielle rendue possible par l’IA ne suffira pas à remplacer les institutions et les activités qui donnent aux individus un rôle social, une reconnaissance et un sentiment d’utilité.
Si l’IA tient ses promesses et transforme en profondeur l’économie, nous passerons de la phase actuelle d’investissement — dominée par les bâtisseurs de l’IA — à une phase où ce seront les utilisateurs de l’IA qui en tireront les plus grands bénéfices. C’est ce qui se produit chaque fois qu’une innovation devient une technologie à usage général. Joe Davis, économiste en chef monde chez Vanguard, s’attend à ce que le développement de l'IA ressemble à celui de l’électricité, profitant davantage aux utilisateurs qu’aux premiers fournisseurs.
Qant est membre de Project Syndicate
L’économie de l’IA générative a franchi un seuil : environ 175 milliards de dollars de revenus annualisés (ARR). Mais le régime de restrictions et d’autorisations qui se dessine risque de rétrécir le marché adressable des laboratoires américains de pointe, au moment où des modèles chinois à poids ouverts atteignent un niveau comparable.
L’économie de l’IA générative, hors Chine et après déduplication, a généré 110 milliards de dollars de revenus sur douze mois glissants et tourne désormais à un rythme annualisé de 175 milliards, selon l’étude State of the AI Economy 2026 d’Exponential View, largement reprise dans la presse américaine. Elle ajoute un milliard de revenus cumulés tous les deux jours et croît trois fois plus vite que les vagues informatiques précédentes. Cette dynamique se heurte pourtant à un régime de contrôle des accès qui pourrait en fragiliser le modèle économique.
Les laboratoires ne facturent une prime que tant qu’ils tiennent la frontière technologique ; or les capacités de pointe sont rapidement répliquées dans des modèles à poids ouverts, note l’étude. Sur OpenRouter, qui donne accès à plus de 400 modèles, la part des tokens servis par Google, OpenAI et Anthropic est tombée de 72 % à 33 % en un an. La plateforme n’est pas représentative de tout le marché – ses utilisateurs s’auto-sélectionnent pour arbitrer entre modèles –, mais elle donne un signal avancé du basculement.
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