ÉDITO : Presse, IA et intelligence économique • INVITATIONS : Trophée des Futures Licornes ; Nickel entre IA, blockchain et inclusion financière • DOSSIER : les gigaIPO • Bienvenue dans Qant, nouvelle série, n°1.


« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » • Paul Virilio
L’avenir prend son temps. L’IA n’était qu’une technologie émergente quand nous avons lancé Qant en 2022. Elle bouleverse aujourd'hui en profondeur bien des métiers, et d’abord tous ceux de l’information, de la presse à la finance. Petit à petit, nous déploierons une nouvelle formule qui permettra, avec l’IA – et non par elle – :
de mieux cerner les réels besoins d’information face au déluge d’actualités, analyses, études et commentaires qui vous assaillent chaque jour ;
de précipiter la convergence de l’information et de l’intelligence économique, maintenant que l’IA permet une veille mondiale en temps réel ;
de continuer à faire levier sur ce qu’il y a d’irréductiblement humain dans le journalisme.
La semaine prochaine, se présente un premier point d’inflexion potentiel. L’introduction en Bourse de SpaceX posera les bases, si elle réussit, de celles d’OpenAI et Anthropic, qui ont toutes deux déposé leurs dossiers. Un faux pas créerait certes un doute, mais il montrerait surtout que le Nasdaq et les fabricants d’indices ont eu tort de changer leurs règles, pour accueillir un conglomérat qui veut créer une « humanité multiplanétaire », un récit de science-fiction échevelé (voir notre dossier ci-dessous).
Qu’elle réussisse ou non, cette série de trois IPO marquera sans doute l’apogée de l’enthousiasme pour l’IA : le sommet du cycle. Tôt ou tard, les épargnants américains prendront conscience des désastres économiques que causent les politiques de leur Président, et ils rejoindront les jeunes diplômés pour crier haro sur l’IA, commode baudet. Reste à espérer que les élites européennes ne réagissent pas, cette fois, avec la suffisance de leurs aînés, qui ont cru en 2000 que l’Internet et sa « nouvelle économie », c’en était fini.
Rien, bien sûr, n’empêchera la technologie de continuer à déployer ses effets. La crise qui viendra permettra juste d’adapter la vitesse du changement technique aux capacités d’évolution humaines. Mais elle rebattra les cartes, et les grandes questions se posent déjà :
Comment redonner aux entreprises européennes une compétitivité mondiale menacée par leur retard technologique ?
Comment tirer, avant nos rivaux, les leçons du conflit ukrainien et construire une autonomie stratégique réelle, nonobstant l’éloignement, et même l’abandon américain ?
Comment dynamiser ce qui nous reste de capacités de recherche pour chercher des solutions au changement climatique et anticiper les technologies émergentes ?
Que reste-t-il du calcul quantique, de la réalité augmentée, des blockchains et de toutes les technologies éclipsées par l’apogée de l’IA ?
Voici les grandes questions que Qant espère, en reprenant progressivement ses publications, vous aider à surveiller. Votre abonnement sera prolongé gratuitement pour compenser l’interruption des parutions (et au-delà !) ; vous recevrez des codes pour vous abonner aux nouveaux produits à des conditions très favorables. Vous trouverez enfin, ci-après, des invitations exclusives à des événements d’importance, et les analyses tech de Project Syndicate.
Merci de votre fidélité.
…sera ravi de prendre en compte tous vos commentaires.
Qant vous propose de participer gratuitement à la 9ème cérémonie des Trophées des Futures Licornes et découvrir, parmi les 50 Futures Licornes françaises, les 7 entreprises récompensées dans l'industrie, la biotech, la greentech, l'ESG, l'IA, le e-commerce et les e-services. Sans oublier le Grand Prix, remporté l'année dernière par Descartes Underwriting.
Participeront à la soirée :
Jacques Veyrat, fondateur du fonds Impala et président du conseil d'administration du groupe Fnac - Darty.
Julien Codorniou, general partner du fonds 20VC, ancien vice-président de Meta Europe.
Marie-Laure Buisson, ancienne avocate d’affaires, officier de la réserve citoyenne de l’Armée de l’air, marraine du 4ème Régiment étranger, légionnaire de 1ère classe à titre honoraire.
La cérémonie sera suivie d’un cocktail.
En une dizaine d’années, Nickel est devenu l’un des plus grands succès de la finance française, avec près de 5 millions de comptes ouverts, plus de 900 collaborateurs et un réseau d’environ 13 500 points de vente en Europe, en grande partie chez les buralistes. Son idée fondatrice – un « compte sans banque » ouvert à tous, en quelques minutes, sans condition de revenus ni possibilité de découvert – en fait un outil puissant d’inclusion financière, notamment pour les publics interdits bancaires, surendettés, précaires ou nouvellement arrivés en France.
Cette inclusion repose sur une architecture technologique construite dès l’origine en temps réel, à la croisée de la fintech et de la banque traditionnelle, qui permet une gestion instantanée des opérations et des risques. L’arrivée de l’IA générative, l’usage accru de la data et les perspectives de la blockchain reconfigurent aujourd’hui les manières de connaître les clients, de lutter contre la fraude, de personnaliser les services et d’abaisser encore les coûts d’accès aux services financiers de base. Adossé au groupe BNP Paribas, Nickel forme ainsi un observatoire privilégié de la façon dont l’innovation – IA, API, éventuellement blockchain – peut servir une stratégie d’inclusion financière de masse, plutôt que seulement une sophistication de l’offre pour les clients les mieux bancarisés.
L’IA transforme l’économie mondiale tout en creusant le fossé entre les gagnants et les perdants sur le plan technologique. Les pays qui ne parviennent pas à se tailler une place dans la chaîne de valeur de l’IA pourraient se retrouver confrontés à des pertes d’emploi massives, sans disposer des recettes fiscales ni des capacités étatiques nécessaires pour contenir les répercussions sociales et politiques. L’économiste Kenneth Rogoff met en garde : le boom de l’IA peut creuser les inégalités d’une manière qu’aucun pays, développé ou non, n’est prêt à gérer. À lire sur Project Syndicate.
Pour que l'IA puisse simplifier la vie sociale et professionnelle complexe des êtres humains, elle ne peut se contenter de fournir des réponses toutes faites, basées sur ce que l'on trouve sur Internet. Elle doit devenir capable de prendre en compte nos engagements relationnels, qui sont généralement ancrés dans l'identité personnelle, l'expérience et la culture. Or, Anne-Marie Slaughter et Avni Patel Thompson rappellent que les modèles d'intelligence artificielle actuels ne disposent pas du raisonnement relationnel indispensable à des liens humains authentiques. À lire sur Project Syndicate.
Le débat sur la nécessité, pour les pays en développement, de privilégier une croissance tirée par l’industrie manufacturière ou par les services passe à côté d’un facteur décisif : le potentiel des nouveaux outils d’intelligence artificielle pour accroître fortement la productivité, y compris dans le secteur informel. Si les gouvernements parviennent à démocratiser l’accès à ces technologies, l’arbitrage entre ces deux modèles de développement perdra de sa pertinence : Ravi Venkatesan montre que la croissance exige désormais des investissements dans les infrastructures nécessaires au déploiement de l’IA, aussi bien dans les services que dans l’industrie. À lire sur Project Syndicate.
Le 1er juin, Alphabet a lancé la plus importante levée de fonds de l’histoire des marchés financiers, faisant par avance la nique à SpaceX.
• CE QU’IL FAUT SAVOIR : un premier record • Le 1er juin 2026, Alphabet a lancé une augmentation de capital de 80 milliards de dollars, élargie à 84,75 Md$ – la plus importante levée en fonds propres de l’histoire, qui éclipse le refinancement de Petrobras (70 Md$ en 2010) et l’IPO du saoudien Aramco (29,4 Md$ en 2019). L’opération, qui mêle actions ordinaires, actions de préférence convertibles et placement de marché, comprend un placement privé de 10 Md$ souscrit par Berkshire Hathaway.
• EN FILIGRANE : la course à l’inférence • Le produit des actions contribuera à financer les investissements d’infrastructure IA de Google Cloud : 180 à 190 Md$ pour la seule année 2026. Alphabet n’est pas seul : Amazon investit environ 200 Md$, Microsoft ~190 Md$, Meta de 125 à 145 Md$… Qu’un acteur aussi rentable que Google doive émettre des actions – et qu’un investisseur patient comme Berkshire entre au tour de table – dit l’ampleur de l’effort.
• À SURVEILLER : le pied de nez et la prudence • Une large part des quelque 3 000 Md$ d’investissement en centres de données prévus entre 2025 et 2028 repose sur la dette (environ 800 Md$ de crédit privé selon Morgan Stanley, contre ~350 Md$ de fonds souverains, fonds d’investissement, prêts bancaires et crédit public). Or, la durée d’amortissement d’une puce GPU n’excède guère deux ans, contre sept à quinze ans de duration pour la dette qui le finance. Si le crédit se resserre et les taux montent, l’écosystème peut se gripper vite. La levée de Google, qui améliore son ratio d’endettement, est donc un signe de prudence autant qu’un pied de nez à Elon Musk, qui tente la semaine prochaine une levée comparable, sur une valorisation trois fois moindre, mais largement excessive.
Acheter SpaceX le 12 juin, ce n’est pas investir dans Starlink – c’est financer, au prix qu’il a lui-même fixé, le récit d’Elon Musk. Pourtant, la frénésie médiatique et la bulle spéculative indiquent que l’introduction réussira presque à coup sûr. Restent à comprendre les conséquences pour les porteurs de parts, pour les autres IPO de l’IA et même pour le système financier américain.
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