Montée vers le Sommet de l'IA

DeepSeek remet en cause la course à la taille ; Google double la mise • 8 milliards pour les start-up d'IA européennes en 2024 • Le Sénat américain se penche sur un cadre de supervision des stablecoins • Les investisseurs en informatique quantique souffrent d’un horizon technologique incertain • Bienvenue dans Qant, jeudi 6 février 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Toutes les questions que pose DeepSeek

L'industrie américaine de l'IA avait besoin d’un “moment Spoutnik” pour secouer son autosatisfaction.

Daron Acemoglu (MIT) a reçu le prix Nobel d’économie en 2024 • Source : Project Syndicate

« La publication de DeepSeek-R1, le 20 janvier, a déclenché une chute massive du cours de l'action du fabricant de puces Nvidia et une forte baisse de la valorisation de plusieurs autres entreprises technologiques. Certains ont alors déclaré qu'il s'agissait d'un “moment Spoutnik” dans la course sino-américaine à la suprématie dans le domaine de l'intelligence artificielle. L'industrie américaine de l’IA avait sans doute besoin d'être secouée. Mais cet épisode soulève des questions difficiles. »

« La première question est maintenant de savoir si l'industrie américaine a d'autres angles morts, encore plus dangereux. Par exemple, les principales entreprises technologiques américaines sont-elles en train de passer à côté de l'occasion d'orienter leurs modèles dans une direction plus “pro-humaine” ? Je pense que la réponse est oui, mais seul l'avenir nous le dira.»

L’intégralité de cet article est disponible dans l’édition Premium, en fin de lettre.

  • Pour participer au Sommet, rendez-vous lundi 10 à 14 heures • Daron Acemoglu participe à l’événement que Project Syndicate organise, en partenariat avec Qant, dans le cadre du Sommet pour l’Action de l’IA. Vous le retrouverez aux côtés de chefs d’État et de gouvernement comme Emmanuel Macron, Justin Trudeau et du président tchèque Petr Pavel, mais aussi de chefs d’entreprise comme Patrick Pouyanné, d’entrepreneurs comme Reid Hoffmann ou Kate Kallot, de technologues comme Sylvain Duranton ou Alexander Vollert… Les débats se tiendront en présence des délégués du Sommet, et ils seront retransmis en direct à partir du Grand Palais à Paris. Une inscription est nécessaire pour les suivre.

    Qant est membre de Project Syndicate.

Google, d’un pas lent et déterminé

Le géant de la tech annonce 75 milliards d’investissements IA en 2025, tout en lançant un nouveau modèle, d’une puissance inégalée.

  • Cette nuit, Google a lancé Gemini 2.0 Pro, son nouveau modèle amiral. Encore expérimental, il est néanmoins déjà disponible via Vertex et aux abonnés de Gemini Advanced.

  • Doté d’une fenêtre de contexte de 2 millions de tokens, Gemini 2.0 Pro intègre Google Search pour vérifier les informations en temps réel et propose un raisonnement multimodal (à la différence des chaînes de raisonnement textuelles de o1 et R1) ainsi que, pour les développeurs, des outils natifs de débogage et de test.

  • Gemini 2.0 Flash, dont le lancement en décembre dernier a été occulté par DeepSeek v3 puis R1, est mis à disposition de tous les utilisateurs de l’app Gemini.

  • Au total, le groupe Alphabet, qui coiffe notamment Google et Waymo, prévoit d’investir 75 milliards de dollars en IA en 2025, notamment renforcer son infrastructure en intelligence artificielle.

  • Tout comme ses rivaux OpenAI, Microsoft et Anthropic, il se rapproche petit à petit du Pentagone. Google, qui fournit des services cloud aux armées américaine et israélienne (lire Qant du 23 janvier), vient de supprimer de son site son engagement à ne pas développer d’IA pour les systèmes d’armes ou de surveillance.

  • Il est également en butte à des affaires d’espionnage, que l’on verra sans doute se multiplier avec la militarisation progressive de la Silicon Valley ces prochaines années.

  • À SURVEILLER : Deepseek et la cour des grands. Le chiffre de 75 milliards de dollars est très proche des 80 milliards de Microsoft et des 100 milliards (putatifs) d’OpenAI et Oracle via le projet Stargate. La panique DeepSeek, la semaine dernière, a montré la fragilité de ces stratégies d’investissement lourd dans les datacenters. Mais alors que Microsoft a évoqué la possibilité de ralentir ses investissements au prochain exercice (à partir de juillet), Alphabet persévère.

Canberra, Commission Européenne, DeepSeek, Galion

  • 8 milliards pour l’IA européenne • Les start-ups européennes en IA ont levé 8 milliards de dollars en 2024, soit 20 % du capital-risque du continent, selon le French AI Report, publié par le Galion, Revaia et Chausson Partners avant le Sommet de l’IA à Paris. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne dominent les investissements, avec une forte implication des fonds américains dès la Série C. En France, où l’IA compte 750 startups et 35 000 emplois, l’innovation se concentre sur la santé (Owkin, Bioptimus), le climat (Altrove, agritech) et l’optimisation des données (Linkup, Kestra, ZML). En savoir plus… 

  • Bruxelles accompagne l’application de l’AI Act • La Commission européenne a publié des lignes directrices pour aider les développeurs à se conformer à l’AI Act (lire Qant du 8 février 2024), entré en vigueur dimanche dernier. Actuellement en version provisoire, elles offrent des explications juridiques et des exemples pratiques, sans être juridiquement contraignantes. Les États membres ont jusqu’au 2 août pour désigner les autorités chargées de l’application du texte, tandis que d’autres délais de conformité s’échelonneront dans les mois et années à venir. En savoir plus… 

  • L’Australie réprime DeepSeek… L’Australie a interdit DeepSeek sur tous les systèmes et appareils gouvernementaux, invoquant un risque inacceptable pour la sécurité nationale. Une évaluation des services de renseignement australiens a conclu que l’IA chinoise représentait une menace. Cette interdiction ne s’étend pas aux appareils personnels, mais le gouvernement encourage la population à évaluer les risques liés à l’application. En savoir plus… 

  • … Et les États-Unis pourraient l’interdire Le sénateur républicain Josh Hawley a présenté un projet de loi qui vise à interdire l’importation et l’exportation de technologies d’IA entre les États-Unis et la Chine, ce qui pourrait criminaliser le téléchargement de DeepSeek. Le texte prévoit des sanctions sévères, avec des amendes allant jusqu’à 1 million de dollars pour les individus et 100 millions de dollars pour les entreprises, ainsi que des peines pouvant atteindre 20 ans de prison. En savoir plus…

Le Sénat américain avance sur la régulation des stablecoins

Un projet de loi bipartite vise à encadrer l’émission de stablecoins aux États-Unis, en définissant un cadre entre régulateurs fédéraux et étatiques.

  • Le projet de loi Genius, porté par le sénateur républicain Bill Hagerty, propose un cadre de supervision des stablecoins, avec une distinction entre émetteurs sous régulation fédérale et ceux sous supervision étatique s’ils détiennent moins de 10 milliards de dollars d’actifs.

  • Le texte impose donc des règles strictes sur les réserves, excluant les actifs moins liquides comme les obligations d’entreprise.

  • Le projet de loi donne cependant un rôle limité à la Réserve fédérale, qui ne peut intervenir qu’en cas de risque systémique, avec un recours judiciaire possible pour les émetteurs. 

  • La régulation des stablecoins non bancaires revient au Bureau du Contrôleur de la Monnaie (OCC), une agence placée sous la tutelle du Département du Trésor.

  • L’un des principaux enjeux est d’éviter une "course au moins-disant" entre États, qui pourraient assouplir les exigences pour attirer les émetteurs. 

  • À SURVEILLER : Soutien bipartisan. Les républicains, désormais majoritaires au Sénat, veulent accélérer l’adoption, après l’échec d’un projet similaire en 2024 sous la présidence démocrate de la commission bancaire. Le soutien des démocrates au projet n’est cependant pas acquis.

Bridge, Stripe

  • Stripe inaugure son pont vers les stablecoins • Stripe a finalisé l’acquisition de Bridge Network pour 1,1 milliard de dollars, ce qui marque son plus gros rachat à ce jour et un pari stratégique sur les stablecoins. Bridge, qui simplifie les paiements en stablecoins pour les entreprises, rejoint Stripe avec une équipe d’environ 60 employés basés à San Francisco. Après un premier échec avec le bitcoin en 2018, Stripe cherche désormais à intégrer les stablecoins dans les paiements internationaux, un marché en forte croissance. En savoir plus…

2025, une année charnière pour l’informatique quantique

L’informatique quantique continue d’attirer des investissements massifs, mais l’horizon de son utilité réelle divise encore experts et investisseurs.

Quelles innovations pour l’informatique quantique ? • Qant, M. de R. avec Midjourney

Le début d’année a été marqué par une forte volatilité sur le marché des entreprises spécialisées en informatique quantique. Les actions des sociétés cotées à New York, comme IonQ, Rigetti Computing et D-Wave, ont enregistré une baisse significative après les déclarations du CEO de Nvidia, Jensen Huang. Au CES 2025, il a estimé que des ordinateurs quantiques véritablement utiles ne verraient pas le jour avant une vingtaine d’années. Ce scepticisme a provoqué une réaction immédiate des investisseurs, qui ont effacé les gains de la fin de l'année 2024. En décembre, Google avait soulevé l’enthousiasme en présentant la puce quantique Willow.

Cette volatilité marque une grande incertitude sur l’horizon temporel des investissements, massifs, que l’on consent au quantique. Une enquête de Nature et le Quantum Computing Report de Global Quantum Intelligence permettent de dégager les grandes tendances sous-jacentes.


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• DeepSeek force l’Amérique à repenser son approche technologique et géopolitique en IA.

• Quel horizon technologique pour les investissements en calcul quantique ?

Toutes les questions que pose DeepSeek

L'industrie américaine de l'IA avait besoin d’un “moment Spoutnik” pour secouer son autosatisfaction.

Daron Acemoglu (MIT) • Source : Project Syndicate

La publication de DeepSeek-R1, le 20 janvier, a déclenché une chute massive du cours de l'action du fabricant de puces Nvidia et une forte baisse de la valorisation de plusieurs autres entreprises technologiques. Certains ont alors déclaré qu'il s'agissait d'un « moment Spoutnik » dans la course sino-américaine à la suprématie dans le domaine de l'intelligence artificielle. L'industrie américaine de l’IA avait sans doute besoin d'être secouée. Mais cet épisode soulève des questions difficiles.

Des dollars, encore des dollars 

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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