Le CEO de Blackrock Larry Fink envisage un monde où le dollar perd son statut international • Avec Gen-4, Runway veut se maintenir face à OpenAI et Google • Pluie de millions sur Isomorphic Labs, ReliaQuest et Agility • Si l’essor de l’IA creuse le fossé social, il conduira à une hausse des impôts • Bienvenue dans Qant, mercredi 2 avril 2025.


« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio
La lettre annuelle de Larry Fink pour 2025 prône la tokenisation de tous les actifs financiers, évoquant un système où chaque action, obligation ou fonds pourrait devenir un jeton numérique négociable instantanément, sans intermédiaire.
Le CEO du plus grand gérant d’actifs au monde compare Swift à La Poste et les tokens aux e-mails : les transactions peuvent être réglées en quelques secondes, et les milliards de dollars actuellement immobilisés réinvestis rapidement.
La tokenisation peut également démocratiser l'accès à l’investissement grâce à la propriété fractionnée, permettant d'investir dans des actifs auparavant inaccessibles et le vote des actionnaires peut devenir plus facile et plus sécurisé.
Pour Larry Fink, les fonds tokenisés peuvent devenir aussi courants que les ETF, surtout s’ils contribuent à l’ouverture des marchés privés et si le problème de la vérification d'identité numérique est résolu.
BlackRock revendique le lancement de l’ETF bitcoin le plus important de l’histoire, IBIT (lire Qant du 11 janvier 2024), qui a attiré plus de 50 milliards de dollars d’actifs sous gestion en moins d’un an.
Dans ce contexte, le CEO de Blackrock estime que l’endettement croissant des États-Unis peut faire perdre au dollar son statut de monnaie de réserve mondiale, car les investisseurs pourront s’en détourner au profit d’actifs numériques plus attractifs comme le bitcoin.
Le dirigeant de BlackRock souligne que les paiements d’intérêts de la dette américaine dépasseront 952 milliards de dollars en 2025, un montant supérieur au budget de la défense.
À SURVEILLER : L’étalon-bitcoin. Le plaidoyer pour la rigueur fiscale de Larry Fink n’a guère de chances d’être entendu à Washington, où l’onirisme républicain compte sur le Doge et les tarifs douaniers pour compenser les baisses d’impôts. Mais il faut noter que le plus grand investisseur du monde se range , implicitement, du côté de ceux qui considèrent le bitcoin comme une valeur refuge. Tout comme l’or, la quantité disponible de bitcoin est durablement limitée et cette structure déflationniste permettra, pour certains, de créer une sorte d’étalon-bitcoin après l’étalon-or. À. la vérité, le bitcoin et les autres cryptos se comportent plutôt comme un warrant sur le Nasdaq, entièrement tributaires de la confiance des investisseurs dans la tech américaine. Mais si Larry Fink le dit, ou du moins semble le penser...
Deux banques américaines émettent un stablecoin • Custodia Bank et Vantage Bank, deux banques respectivement basées dans le Wyoming et au Texas, ont annoncé avoir émis le premier stablecoin bancaire américain sur Ethereum. Baptisé « Avit », ce jeton ERC-20 représente des dépôts à vue tokenisés, c’est-à-dire des dollars disponibles à tout moment, comme ceux d’un compte courant. La CEO de Custodia Caitlin Long explique, dans un fil sur X, qu’il s’agit de “vrais dollars” et non de quasi-dollars comme les autres stablecoins. Custodia, historiquement favorable au bitcoin, a surpris en choisissant Ethereum, ce qui tend à confirmer son statut de principal réseau de tokenisation d’actifs. En savoir plus…
Trump amnistie quatre nouveaux crypto-criminels • Donald Trump a accordé sa grâce aux trois cofondateurs et à un à un ancien dirigean de la plateforme d’échange crypto BitMex. Tous avaient plaidé coupable en 2022 pour blanchiment, ce qui leur avait valu des peines avec sursis et 30 millions de dollars d’amendes, auxquels se sont ajoutés 100 millions de dollars d’amende à la société. Lors de son entrée en fonctions, Trump avait déjà gracié le fondateur de Silkroad, condamné à vie pour blanchiment et trafic de stupéfiants sur sa plateforme. En savoir plus…
Isomorphic Labs, filiale d'Alphabet, a levé 600 millions de dollars lors de son premier financement externe, avec Thrive Capital en chef de file, suivi d’Alphabet et de son fonds GV.
Fondée en 2021 à partir de DeepMind, Isomorphic Labs exploite des outils comme AlphaFold, un modèle d’intelligence artificielle capable de prédire la structure 3D des protéines.
Dirigée par Demis Hassabis, également à la tête de DeepMind, Isomorphic Labs entend recruter des chercheurs de haut niveau et accélérer la mise en essai clinique des médicaments développés.
EN FILIGRANE : Demis Hassabis et le chercheur John Jumper ont reçu en 2024 le prix Nobel de chimie pour leurs travaux sur AlphaFold.
À SURVEILLER : Protéines et multimodalité. En 2023, la société a conclu des accords stratégiques avec deux grands groupes pharmaceutiques, Eli Lilly et Novartis, qui pourront générer jusqu’à 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, selon les résultats atteints. Le potentiel d’Alphafold 3 et de modèles qui génèrent des protéines tokenisées, comme une modalité parmi d’autres, à l’instar d’ESM 3 ou, avant lui, Evo et ProtGPT2, devrait s’avérer bien supérieur encore.
Présentation de Gen-4 par Runway
Runway AI Inc. vient de lancer Gen-4, un modèle d’IA qui permet de créer des vidéos de 5 à 10 secondes en 720p avec des personnages, objets et décors cohérents d’un plan à l’autre.
Le modèle permet d’utiliser des références visuelles combinées à des instructions textuelles pour générer des scènes respectant styles, sujets et environnements, sans entraînement supplémentaire.
Le logiciel a déjà été utilisé pour créer des scènes dans la série House of David, produite par Amazon, pour la promotion d’un concert de Madonna et une publicité pour les chaussures Puma.
Un partenariat avec le studio Lionsgate, visant à fine-tuner un modèle spécifique sur le catalogue de films et séries du studio (lire Qant du 20 septembre 2024).
EN FILIGRANE : Les performances des grands rivaux. Malgré tout le marketing de Runway ML, Sora génère des vidéos de 20 secondes avec une résolution de 1080 pixels et Veo 2 peut dépasser les deux minutes en 4K.
À SURVEILLER : La structuration du marché. Alors que dans l’IA générative pour le texte et l’image les grands acteurs sont clairement identifiés, il n’en va pas encore de même pour la voix ni la vidéo. Cependant, OpenAI et Google semblent destinés à s’imposer dans cette modalité comme dans les autres et certains sont déjà en train de chercher des niches – ainsi Synthesia, une start-up britannique bien financée, qui se concentre sur la génération d’avatars professionnels.
La cohérence des personnages sur Runway Gen-4
Par Dambisa Moyo (économiste)
Dambisa Moyo • D. R.
“Sans encadrement, le chômage et les inégalités extrêmes engendrées par l’IA pourraient dégrader le tissu social qui permet aux marchés de fonctionner. Pour contenir ces risques, les dirigeants politiques n’auront pas d’autre choix que de procéder à des hausses d’impôts, afin que les avantages de l’automatisation n’interviennent pas au prix de la cohésion sociale à long terme.”
De l’argent pour un agent… • La start-up pékinoise Butterfly Effect commence à monétiser son agent conversationnel Manus avec deux formules d’abonnement à 39 et 199 dollars par mois, cette dernière calquée sur ChatGPT Pro. Une version gratuite reste accessible. L’agent, encore en phase bêta, promet d’exécuter des tâches complexes plutôt que de simples réponses à des requêtes, et repose notamment sur les modèles de la famille Claude d’Anthropic. En savoir plus…
…mais Zhipu veut tout chiper • La start-up chinoise Zhipu, soutenue par Alibaba, lance gratuitement un nouvel agent d’IA, AutoGLM. Construit sur son modèle propriétaire GLM-4-Air-0414, il intègre une version de raisonnement huit fois plus rapide et trente fois moins coûteuse que celle de DeepSeek R1. AutoGLM sera publié en open source à partir de mi-avril. En savoir plus…
75 millions pour défier les puces de Marvell… • La start-up californienne Retym propose une nouvelle approche pour les puces de traitement du signal numérique (DSP) dans l’infrastructure des datacenters. Ce segment est devenu crucial pour faire face aux besoins de l’IA et la puce DSP programmable cohérente de Retym constitue le premier défi au quasi-monopole exercé par Marvell Technology. La levée de fonds de 75 millions de dollars, menée par Spark Capital, porte son financement total à plus de 180 millions. Retym prévoit de commercialiser ses puces d’ici fin 2025. En savoir plus…
… et 25 millions pour gérer les contrats • La start-up française Tomorro, spécialisée dans la gestion de contrats assistée par IA, a levé 25 millions d'euros auprès de XAnge, Acton Capital, Adelie, Founders Future et d’investisseurs historiques. Cet apport servira à ouvrir un bureau en Allemagne, étoffer les équipes commerciales et développer son assistant IA Oro, capable de générer, résumer, traduire ou extraire des données contractuelles. Déjà adoptée par Veja, Nestlé et Ingenico, la solution vise à accélérer son déploiement européen en 2025. En savoir plus…
ReliaQuest vient de réaliser une deuxième levée de fonds de plus de 500 millions de dollars, valorisant l’entreprise à 3,4 milliards de dollars. En 2020, KKR avait mené un premier tour de growth equity à 300 millions, sur une valorisation estimée à 1 milliard.
Lancée en 2019, la plateforme GreyMatter (Matière Grise) de ReliaQuest embarque plus de 200 outils de cybersécurité sur une architecture XDR (Extended Detection and Response), qui unifie et corrèle les données provenant de plusieurs couches de sécurité pour améliorer la détection des menaces, faciliter les enquêtes et automatiser la réponse aux incidents.
EN FILIGRANE : Le tour de table a été conduit par EQT Partners, KKR et FTV Capital, avec la participation d’autres investisseurs historiques, Ten Eleven Ventures et Finback Investment Partners.
À SURVEILLER : Les agents IA de sécurité. Alors que le rythme de diffusion des menaces s’accélère, la tentation augmente de rendre de plus en plus autonomes les agents d’IA – dans des plateformes XDR ou non.
De Signal à Gmail, le risque humain • Le conseiller national pour la sécurité Michael Waltz a utilisé son compte Gmail pour des échanges avec d’autres agences fédérales sur des systèmes d’armes et des positions militaires dans un conflit en cours, a révélé cette nuit le Washington Post. La semaine dernière, Der Spiegel a retrouvé sur le dark net les adresses mails et les numéros de téléphone des nouveaux responsables de la sécurité américaine : le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, la directrice nationale du renseignement Tulsi Gabbard et Waltz lui-même étaient donc vulnérables à l’installation de spywares sur leurs clients Whatsapp et Signal. Or, Waltz s’est illustré en invitant le rédacteur en chef de The Atlantic dans une boucle Signal où s’échangeaient des plans d’attaque sur le Yemen et où le président JD Vance a tenu des propos violemment anti-européens (lire Qant du 25 mars). Ce brillant fait d’armes a lancé, outre-Atlantique, un scandale baptisé le Signalgate. Mais du moins, Signal est crypté de bout en bout. Pas Gmail. En savoir plus…
Le robot Digit d’Agility en action
Agility Robotics, fondée en 2015 à partir d’un laboratoire de l’université de l’Oregon, vient de lever 400 millions de dollars sur une valorisation de 1,75 milliard de dollars. Elle est menée par WP Global Partners, avec la participation annoncée de SoftBank, et destinée à accélérer l’industrialisation de son robot Digit, destiné à accomplir des tâches répétitives ou physiquement contraignantes dans des entrepôts et des installations industrielles. Une centaine d’exemplaires sont déjà en service, notamment chez Amazon et GXO Logistics.
Les fonds levés doivent permettre à l’entreprise d’accroître sa capacité de production sur son site RoboFab. Agility vise la mise au point d’un robot pouvant travailler en toute sécurité aux côtés d’êtres humains à l’horizon 2027. Mais ses principaux concurrents sont déjà en train de passer à l’échelle industrielle : la canadienne Figure AI prévoit de produire jusqu’à 12 000 robots humanoïdes cette année et les chinoises Agibot et UBTech Robotics, respectivement, plus de 3 000 et au moins 500.
Par Dambisa Moyo (économiste)
Dambisa Moyo, D. R.
Il ne fait aucun doute que les États-Unis demeurent à la pointe de l’innovation technologique. La domination continue des « 7 Magnifiques » – Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla – vient consolider dans le secteur technologique un leadership américain dont les autres économies peinent à se rapprocher.
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