« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

L’essentiel de l’actualité, décryptée.
Apple, Mistral, Google et les autres
Le bon Génie des cryptos sort de sa lampe • Alors que le bitcoin a atteint cette semaine son plus haut niveau – 122 000 dollars, soit la moitié du cours que Standard Chartered prévoit pour la fin de l’année –, la chambre des représentants américaine fait de son mieux pour attiser le feu. Elle a voté cette nuit le projet de loi sur les stablecoins, le Genius Act, qui n’attend désormais plus que la signature de Donald Trump. La loi instituera un cadre réglementaire fédéral, imposant un adossement intégral des stablecoins en dollars ou actifs liquides équivalents, des audits annuels pour les émetteurs dépassant 50 milliards de capitalisation, des règles précises pour les émetteurs étrangers, ainsi que des obligations de licence et de transparence sur les réserves. Décriée par les ultras des stablecoins algorithmiques et les ayatollahs de la lutte contre la monnaie numérique, elle permettra l’intégration des stablecoins à la finance américaine. Cela fera exploser leur circulation, la portant de 250 milliards de dollars environ à plusieurs milliers de milliards, selon les estimations. Le Clarity Act, qui devrait être voté aujourd’hui ou lundi, établira pour sa part un cadre réglementaire complet pour les actifs numériques aux États-Unis : la loi définira les compétences respectives des autorités de surveillance, la SEC et de la CFTC ; elle précisera le statut des actifs numériques, en créant des catégories intermédiaires comme les « investment contract assets » ; et elle imposera l’enregistrement des plateformes, courtiers et négociants.
• Du côté de la Maison-Blanche, Donald Trump assiste aujourd’hui à l’émission (« unlock ») de 50 millions de jetons $Trump, qui pourraient lui rapporter, au cours d’hier soir, quelque 500 millions de dollars. Justin Sun, créateur de la blockchain Tron, s’est engagé à investir 100 millions de dollars supplémentaires en $Trump. Les divers procès et enquêtes, auxquels celui-ci faisait face, ont été suspendus.
500 millions de dollars pour Trump, et deux lois
Les vessies françaises et la lanterne d’Apple. Le microcosme hexagonal s’est agité, cette semaine, sur d’hypothétiques négociations entre Apple et Mistral. Faussement attribuée à Bloomberg, la rumeur conforte surtout la valorisation de 10 milliards de dollars sur laquelle Mistral serait en train de lever 1 milliard de dollars. En réalité, Apple a de nombreuses options pour résoudre son problème d’intelligence artificielle : racheter Mistral, mais aussi Cohere et même Anthropic, ou décoincer les négociations qui s’éternisent avec OpenAI. Celles-ci butent sur une différence d’approche radicale.
• Apple est accoutumée à valoriser l’accès à ses appareils et à être rémunérée pour y installer des logiciels : Google, par exemple, payait quelque 20 milliards de dollars par an pour être le moteur de recherche par défaut du navigateur Safari. Au lieu de quoi, OpenAI et Anthropic s’attendent à ce qu’Apple rétribue l’utilisation de leurs modèles, et grassement. Cela ne peut que pousser Apple vers une acquisition, qui rétablirait sa valeur intrinsèque.
Apple se cherche une IA et Mistral consolide sa valorisation
Cloudflare claque le Web au nez des bots d’IA • Cloudflare vient de modifier par défaut les paramètres de son service pour bloquer automatiquement les robots d’entreprises d’intelligence artificielle cherchant à extraire des contenus web, sauf autorisation explicite du propriétaire du site. Cette mesure, active sur des dizaines de millions de sites clients, vise à protéger la création de contenu numérique et à instaurer une logique de paiement pour l’accès automatisé aux données. Une fonction expérimentale baptisée « pay per crawl » permet désormais aux robots IA de s’authentifier et de payer pour accéder au contenu, via un code HTTP 402 sur lequel Coinbase a développé le protocole de micropaiement par stablecoin x402.
• Google est partiellement exclu de ce blocage grâce au Googlebot, utilisé à la fois pour le référencement et certains usages d’IA pour la recherche générative.
Cloudflare rend payant le scraping des bots d’IA
Billard à trois bandes dans le vibecoding • Google a fait déraper l’acquisition par OpenAI de Windsurf, l’une des principales IA pour générer du code : le groupe recrute le CEO, Varun Mohan, ainsi qu’une partie de son équipe. Au lieu des 3 milliards de dollars qu’OpenAI aurait payés, Google achète pour 2,4 milliards une licence non exclusive, sans prise de participation – une manière de contourner les normes anticoncentration, connue sous le nom d’« acquihire » depuis les opérations de Microsoft sur Inception AI et de Google sur Character AI. Cette fois cependant, Cognition AI, qui développe l’agent de codage Devin, a ensuite acquis ce qu’il restait de Windsurf – propriété intellectuelle, marque, employés restants, base clients (350 entreprises), 82 millions de dollars de revenus annuels récurrents.
• L’acquisition de Windsurf avait fait l’objet d’une forte opposition de Microsoft, qui a investi 13,75 milliards de dollars dans OpenAI et détient, par ailleurs, le leader des IA de développement, Github Copilot. Le groupe avait déjà montré son influence en favorisant le rétablissement de Sam Altman, démis par le conseil d’administration d’OpenAI en 2023.
Google chipe Windsurf sous le nez d’OpenAI et Cognition ramasse les restes
Jumeau numérique. La start-up allemande Q.ant vient de lever 62 millions d’euros en série A, afin d’accélérer la production de ses processeurs photoniques à haut rendement énergétique, qui ciblent notamment les applications en IA et en calcul haute performance (HPC).
• Qant ne peut que féliciter Q.Ant !

Les plus folles images et vidéos de l’IA.
Pouvoir félin
Le modèle Hailuo 02 des chinois Minimax et Hailuo AI, sorti le 18 juin, bénéficie d’une promotion imprévue : le succès viral des Jeux Olympiques des Chats sur de très nombreuses plateformes : TikTok, Instagram, YouTube, Reddit, etc. Aucune statistique n’est disponible mais les vidéos #AICatOlympics comptent vraisemblablement, en moins d’un mois, quelques centaines de millions de vues.
Pour un renouveau technologique transatlantique à l’horizon 2030
Par Ylli Bajraktari et André Loesekrug-Pietri, sur Project Syndicate
Les vents du numérique soufflent, et l’ordre mondial vacille. À mesure que la révolution technologique s’accélère, l’Europe — autrefois berceau de l’innovation — se retrouve de plus en plus reléguée en marge, notamment dans le domaine stratégique de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’un enjeu vital pour l’Europe. Mais aussi d’un problème pour l’alliance occidentale et pour les intérêts américains.
« Le président Trump a inauguré une approche plus tendue et conflictuelle avec l’Europe, mais la relation transatlantique subsistera. Elle est trop ancienne, trop essentielle, trop structurelle pour disparaître. »
« La solution : une stratégie lucide et offensive – un pacte technologique transatlantique pour le XXIᵉ siècle, avec l’horizon 2030 comme cap. Ce pacte doit reposer sur une vision positive de l’IA, au-delà de la seule régulation des risques. Il faut affirmer un cap où l’IA devient force de progrès, au service de la science, de la santé, de la transition climatique, et de la prospérité. »
« Quelle que soit l'administration en place à Washington, une Europe prospère et technologiquement avancée est dans l'intérêt des États-Unis, tandis que l'Europe a beaucoup à gagner de la coopération transatlantique dans le domaine des technologies. »
Ylli Bajraktari, ancien chef de cabinet du conseiller à la sécurité nationale des États-Unis et ancien directeur exécutif de la commission de sécurité nationale des États-Unis sur l'intelligence artificielle, est directeur général du Special Competitive Studies Project.
André Loesekrug-Pietri est président et directeur scientifique de la Joint European Disruptive Initiative, l'agence européenne pour les projets de recherche avancée.
Sur un air d’IA
Par Emmanuel Torregano
L’essor de l’IA dans l’industrie musicale représente une occasion colossale pour les plateformes de streaming : 200 millions de dollars l’an dernier, sur lesquels aucun droit d’auteur ne doit être reversé. Malgré l’incertitude juridique, Spotify commence à intégrer ces morceaux dans ses playlists.
« À brève échéance, les projets IA seront capables d’égaler, voire de dépasser, le flux ordinaire de production sur les plateformes de musique, sans que le consommateur n’ait à y redire. »
« En se basant sur les revenus mondiaux du streaming payant, on peut estimer le total à près de 200 millions de dollars en 2024 pour les streams IA. Et la croissance sera fulgurante, surtout si les plateformes décident d’intégrer ces musiques faites par des ordinateurs dans leurs playlists. »
Journaliste, Emmanuel Torregano a créé Electron Libre en 2008
L’IA grand public cherche encore son déclic
Par Maurice de Rambuteau
Une étude de Bain & Company distingue cinq archétypes de consommateurs face à l’IA générative, révélant les moteurs d’adoption mais aussi les freins persistants à sa diffusion grand public.
« Chez les non-utilisateurs, la résistance repose sur trois facteurs principaux : une préférence pour les tâches manuelles (34 %), des préoccupations liées à la confidentialité des données (30 %) et un manque de confiance dans la fiabilité des réponses générées (26 %). Cette population réticente n’est pas totalement hermétique : plus de la moitié d’entre eux utilisent en réalité des outils d’IA sans le savoir, via les assistants vocaux, les suggestions automatiques ou les chatbots de service client. »
« Bain observe un chevauchement significatif entre les utilisateurs enthousiastes d’IA et les porteurs d’objets connectés, tels que lunettes ou bijoux intelligents. L’essor de ces technologies portables pourrait stimuler une adoption plus large de l’IA dans la vie quotidienne. D’ici fin 2025, la part d’adultes américains équipés d’un dispositif d’IA portable pourrait quadrupler, passant de 5 % à 20 %. »
Journaliste, Maurice de Rambuteau collabore à Qant depuis 2022

EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :
• Europe hors-jeu ? Face à la montée en puissance de l’IA, l’Europe décroche. Son absence du jeu technologique menace l’équilibre transatlantique.
• Musique sans droits : l’IA compose, Spotify diffuse, personne ne paie. Le streaming découvre une mine d’or juridiquement floue.
• Usages contrastés : les entreprises adoptent l’IA en masse, les particuliers traînent. Mais aux États-Unis, les objets d’IA portables, comme les lunettes, se généralisent progressivement.
Un renouveau technologique transatlantique à l’horizon 2030 : en finir avec la stagnation européenne
Par Ylli Bajraktari et André Loesekrug-Pietri
Les vents du numérique soufflent, et l’ordre mondial vacille. À mesure que la révolution technologique s’accélère, l’Europe — autrefois berceau de l’innovation — se retrouve de plus en plus reléguée en marge, notamment dans le domaine stratégique de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’un enjeu vital pour l’Europe. Mais aussi d’un problème pour l’alliance occidentale et pour les intérêts américains. Alors que d’autres régions — en particulier l’Asie de l’Est et certaines parties du Moyen-Orient — avancent à grande vitesse avec des ambitions technologiques affirmées, le risque de voir l’Europe sombrer dans l’insignifiance numérique se renforce. Il nous faut d’urgence un renouveau de la relation euro-américaine, fondé sur une vision technologique stratégique, positive et commune à l’horizon 2030.
Les signaux d’alerte sont clairs. Comme l’ont récemment souligné plusieurs analyses, alors que les géants américains dominent l’écosystème actuel de l’IA, les champions européens sont rares. Le continent qui a porté la révolution industrielle peine aujourd’hui à faire émerger des géants technologiques compétitifs.
Ce n’est pas faute de talents ni d’esprit d’innovation, mais en raison d’un mélange de marchés fragmentés, de climat d’investissement trop prudent et d’un cadre réglementaire qui, bien qu’animé de bonnes intentions, peut étouffer l’innovation de rupture. Résultat : une dépendance croissante à des technologies extérieures, et une perte de capacité à façonner l’avenir numérique en accord avec nos propres valeurs. Ce retard n’est pas seulement un problème économique : c’est une vulnérabilité stratégique.
« La relation transatlantique subsistera »
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