« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Eh bien, dansez maintenant
Une vidéo partagée par Elon Musk montre le robot Optimus qui exécute une chorégraphie en temps réel. Le manque de crédibilité de l’entrepreneur-politicien génère de nombreux doutes sur la réalité de la performance, mais la technologie arrive clairement à maturité. Décodage.
Elon Musk vient de partager sur X une vidéo de six secondes montrant le robot humanoïde Optimus de Tesla en train de danser. Le robot effectue des mouvements des bras et des jambes avec coordination et fluidité, une progression notable par rapport aux démonstrations précédentes. Selon Musk, la séquence a été enregistrée en temps réel, sans effets numériques.
Un câble visible en arrière-plan n’était pas utilisé pour maintenir le robot, mais uniquement comme mesure de sécurité en cas de chute. Optimus apparaît dans la vidéo sans attache, suggérant un fonctionnement autonome. En octobre dernier, Optimus avait défrayé la chronique avec des démonstrations publiques où le robot aurait été en réalité téléguidé, et une vidéo accélérée deux à dix fois selon les passages.
Noureev et les robots
La danse d’Optimus s’inspire des robots du chinois Unitree, notamment le G1, régulièrement mis en scène par le constructeur en train de danser grâce notamment à un jeu de données open source basé sur la capture de mouvement Lafan 1 d'Ubisoft.
De fait, la capacité à danser des robots n’est pas qu’un gadget. La danse forme un banc d’essai exigeant pour la robotique humanoïde, car elle combine équilibre, fluidité, synchronisation, perception et adaptation. Les premiers pas de danse ont été esquissés il y a plus de dix ans par le français Nao, racheté par Softbank, et Asimo de Honda.
Les entrechats d’Optimus servent surtout à masquer la réalité. Alors que la canadienne Figure AI prévoit de produire 100 000 robots humanoïdes d’ici à 2030 et construit une usine spécialisée, Tesla n’a toujours pas annoncé de calendrier de production ni de date de commercialisation.
Mais bon, il danse.

Construire un réseau social de propagande
Sur X, Grok pousse des messages non sollicités à propos d’un – imaginaire – génocide des Blancs en Afrique du Sud, au moment même où l’administration Trump en accueille les premiers “réfugiés”. L’épisode permet de jeter un regard sur la convergence de l’IA et des algorithmes des réseaux sociaux.
“Musk et le fusil à tirer dans les coins” • Une caricature de Qant avec GPT-4o
Alerte. Grok, le chatbot intégré au réseau social X, a inséré mercredi de nombreux messages évoquant un “génocide blanc” en Afrique du Sud, alors même que les utilisateurs le sollicitaient sur des sujets sans aucun lien.
Washington. L’incident a coïncidé avec l’accueil aux États-Unis de 54 Afrikaners, les premiers à avoir obtenu le statut de réfugié prévu par un décret exécutif (executive order) de Donald Trump, qui affirme qu’un génocide est en cours en Afrique du Sud contre les fermiers blancs.
Carabistouille. Aucun élément factuel n’est venu corroborer ces allégations de génocide, qui semblent avoir été motivées par une tentative de réforme agraire en Afrique du Sud et le titre provocateur d’une chanson, Kill The Boer.
Coïncidence. Les “réfugiés”, munis de petits drapeaux américains par l'ambassade étasunienne à Pretoria, ont fait l’objet d’une tentative de médiatisation par l’administration Trump au moment même où Grok adoptait ses comportements “déviants”.
Aveu. Interrogé par des utilisateurs, le modèle d’IA Grok a affirmé avoir reçu l’instruction de ses créateurs de traiter ce sujet comme réel et racialement motivé, en contradiction avec des données officielles et une récente décision de la justice sud-africaine.
Marche arrière. Le moment de communication passé, Grok a cessé ce comportement et corrigé ses réponses, admettant que ses instructions entraient en conflit avec son objectif de produire des réponses fondées sur des preuves. xAI a déclaré – sur X – que cet “incident” provenait d’une “modification non autorisée”. Pourtant, depuis son lancement prématuré, où le manque d’entraînement lui permettait une grande liberté de parole, le chatbot est largement revenu dans les rails idéologiques voulus par ses créateurs.
EN FILIGRANE : Elon Musk, Blanc Sud-Africain. Plus d’un utilisateur de X sur trois est désormais abonné au compte d’Elon Musk, qui est passé de 80 millions de followers au moment du rachat de Twitter en 2022 à 207 millions en 2025. Selon le Centre de lutte contre la haine en ligne (CCDH), repris par l’AFP, 50 publications fausses ou trompeuses d’Elon Musk sur les élections américaines ont généré plus de 1,2 milliard de vues en 2024. Elon Musk est par ailleurs le fils d’un propriétaire minier sud-africain. Il a grandi en Afrique du Sud, dont il est parti trois ans avant la fin de l’apartheid.
À SURVEILLER : La convergence des algorithmes. La croissance du nombre d’abonnés de Musk et la résonance de ses publications de propagande a été favorisée, et probablement déterminée, par une évolution de l’algorithme de X. Celui-ci a mis en avant les publications d’Elon Musk, augmentant leur exposition auprès des utilisateurs, même quand ils n’étaient pas abonnés au compte. Ces algorithmes d’amplification alimentent des modèles de machine learning qui déterminent quels messages mettre en avant. Malgré le secret qui les entoure, on peut supposer que l’introduction de LLM dans les réseaux (Grok, Meta AI…) permet de mieux étiqueter les données initiales (likes, commentaires, partages, temps de visionnage, clics…) et de mieux déterminer les préférences et comportements des utilisateurs. Les chatbots devraient être bientôt capables de générer des messages sur mesure, publicitaires ou politiques.
AlphaEvolve, l'IA de DeepMind qui invente des algorithmes
Déployée dans les infrastructures de Google, une IA génère des algorithmes inédits, améliore les performances matérielles et résout des problèmes mathématiques vieux de plusieurs décennies.
“IA, code-toi toi-même” • Une illustration de Qant avec GPT-4o
DeepMind a présenté AlphaEvolve, un agent d’intelligence artificielle capable d’écrire du code complexe, fondé sur les modèles Gemini et un système évolutif d’évaluation automatique.
Utilisé dans les centres de données de Google, AlphaEvolve a optimisé le système Borg, un gestionnaire interne de clusters qui coordonne l’exécution de milliers d’applications sur des millions de serveurs, générant un gain de 0,7 % sur les ressources de calcul utilisées.
L’IA a également modifié Verilog, le code des puces d’IA de Google, les TPU, pour supprimer des bits inutiles. Cela a permis d’accélérer de 23 % une opération clé d'entraînement des modèles Gemini, réduisant le temps total de 1 %.
Sur le plan mathématique, AlphaEvolve a conçu un nouvel algorithme de calcul matriciel, plus performant que celui de Strassen en 1969, avec seulement 48 multiplications scalaires pour des matrices 4x4 complexes.
EN FILIGRANE : Le moment du vibe-coding. Alors qu'Anysphere a atteint une valorisation de 9 milliards de dollars en début de mois, OpenAI avec l'acquisition de Windsurf mais aussi l'alliance entre Anthropic et Apple marquent l'émergence des agents d’IA. Deepmind vient réaffirmer son avance technologique au moment même où Windsurf présente sa première suite de modèles de codage, baptisée SWE pour SoftWare Engineer, ingénieur logiciel.
À SURVEILLER : L’ouverture à des tiers. Google a longtemps préféré ne pas partager sa technologie, ne pas publier des “system cards” sur ses modèles et ne pas commercialiser ses puces d’IA. Néanmoins, les TPU sont désormais sur le marché et Google Deepmind prépare un programme d’accès pour les chercheurs, pavant la voie à une diffusion plus large d’AlphaEvolve.
Bas de plafond
Après les grands LLM, les performances des modèles de raisonnement pourraient à leur tour se heurter bientôt à un plafond de verre, malgré des investissements croissants dans l’apprentissage par renforcement. De quoi compromettre l’arrivée de l’intelligence artificielle générale (AGI).
“Le plafond de verre de l’IA” • Une illustration de Qant, M. de R., avec GPT-4o
Les faits ont fini par donner raison à Gary Marcus, le chercheur de NYU qui dès l’an dernier prévoyait que les grands modèles finiraient par converger, bien avant que n’arrive l’intelligence artificielle générale. Les performances des grands modèles sont désormais comparables, mais une nouvelle forme d’IA a fait son apparition. Les “modèles de raisonnement”, comme o3 d’OpenAI, ont connu des avancées notables en peu de temps. Cependant, cette croissance exponentielle ne pourra pas, elle non plus, durer indéfiniment. Un bref rapport de l'institut de recherche Epoch AI indique que les limites des capacités de calcul disponibles pourraient être atteintes d’ici un an.
Mais peut-être l’AGI arrivera-t-elle avant. Ou l’ingéniosité humaine contournera-t-elle à nouveau le plafond de verre des robots.
“Illustration d'une trajectoire possible pour la croissance du calcul de raisonnement, si des augmentations d'échelle similaires au saut entre o1 et o3 se poursuivent” • Epoch AI
Harvey AI, Stability AI
Un smartphone si Stable • La britannique Stability AI vient de lancer Stable Audio Open Small, un modèle d’IA générative audio optimisé pour fonctionner localement sur téléphone, grâce à une collaboration avec le fabricant de puces ARM. Ce modèle de 341 millions de paramètres peut générer jusqu’à 11 secondes d’audio en moins de 8 secondes sur mobile, sans passer par le cloud. Entraîné exclusivement sur des bases de données libres de droits (Free Music Archive et Freesound), il évite les risques liés aux contenus protégés. Destiné aux effets sonores courts, il reste limité : il ne gère que l’anglais, ne génère pas de voix réalistes et reste tourné vers des styles musicaux occidentaux. En savoir plus…
Un avocat IA à 5 milliards • La start-up juridique californienne Harvey AI serait en discussions pour lever plus de 250 millions de dollars lors d’un nouveau tour de table mené par Kleiner Perkins et Coatue, portant sa valorisation à 5 milliards de dollars, selon Reuters. Sequoia Capital, déjà leader de sa série D de 300 millions de dollars en février, devrait également participer. Harvey connaît une forte adoption dans le secteur juridique grâce à ses outils d’IA générative, utilisés pour la recherche, l’analyse de documents et l’exploitation de données. En avril, l’entreprise affichait un revenu annualisé de 75 millions de dollars. En savoir plus…

JP Morgan ouvre la tokénisation à ses clients
La plus grande banque américaine a effectué la première transaction entre sa blockchain privée et une blockchain publique, marquant une nouvelle étape dans l’intégration entre finance tokénisée et cryptos ouvertes.
“Interconnecter JP Morgan à une blockchain publique” • Une infographie de Qant avec GPT-4o
Le système Kinexys Digital Payments de JP Morgan, l’ancienne JPM Coin, a été utilisé pour régler l’achat du fonds monétaire tokenisé OUSG, via la blockchain publique de la fintech Ondo.
Chainlink a permis l’interopérabilité entre Kinexys et Ondo, en orchestrant le transfert depuis la blockchain privée vers la blockchain publique à l’aide de son environnement d’exécution sécurisé.
Les transactions sur Kinexys ont dépassé les 1 500 milliards de dollars depuis le lancement de JPM Coin en 2020 mais cette opération constitue la première utilisation effective d’un compte bancaire blockchain sur pour interagir avec une infrastructure décentralisée.
Ondo Finance, qui s’appuie sur des fonds tokenisés émis par BlackRock, Fidelity ou Franklin Templeton, propose de les racheter pour stimuler la liquidité entre produits similaires.
À SURVEILLER : Appels de marge. Pour les produits dérivés, en particulier, l’usage se répand d’avoir des actifs tokénisés en garantie (“collateral”). Mais les institutions financières et les grandes entreprises restent réticentes face aux stablecoins, ce qui a fait le succès du fonds Buidl de Blackrock et de nombreuses émules. La plus grande banque américaine vient de leur ouvrir la porte de la tokénisation.

Croquer la Pomme par la pensée
Apple teste des implants cérébraux pour élargir l’accessibilité de ses appareils, notamment son casque de réalité virtuelle Vision Pro.
“La Pomme et le Cerveau” • Une illustration de Qant avec GPT-4o
Apple collabore avec la start-up new-yorkaise Synchron pour permettre aux personnes atteintes de paralysies sévères de contrôler un iPhone, un iPad ou un casque Vision Pro via un implant cérébral baptisé Stentrode.
Le Stentrode, implanté dans une veine au-dessus du cortex moteur, capte les signaux neuronaux et les traduit en commandes pour naviguer à l’écran, grâce à la fonction switch control du système d’exploitation d’Apple.
Un patient atteint de la maladie de Charcot a testé ce système, réussissant à manipuler un casque Vision Pro en réalité virtuelle sans aucun mouvement physique, mais avec une latence notable.
Apple prévoit de publier un nouveau standard de compatibilité pour les implants cérébraux d’ici la fin de l’année, visant à intégrer ces dispositifs comme une méthode d’interaction équivalente au tactile, à la voix ou au clavier.
À SURVEILLER : Le futur de la BCI. À son honneur, Apple a toujours maintenu un positionnement de pointe pour l’accessibilité de ses produits. Basculer le casque Vision Pro vers ces fonctionnalités lui donnerait une justification que le marché ne lui fournit pas. Tout en permettant à Apple de rester à la pointe de la recherche sur les interfaces cerveau-ordinateur (BCI), en misant sur l’émergence de capteurs non intrusifs.

EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :
• A son tour, Elon Musk fait danser Optimus. Son manque de crédibilité ne doit pas masquer les réels progrès de la robotique humanoïde.
• Selon Epoch AI, les modèles de raisonnement comme o3 pourraient bientôt atteindre un plafond, faute de puissance de calcul et de données de qualité suffisantes.
Eh bien, dansez maintenant
Une vidéo partagée par Elon Musk montre le robot Optimus qui exécute une chorégraphie en temps réel. Le manque de crédibilité de l’entrepreneur génère de nombreux doutes sur la réalité de la performance, mais la technologie arrive clairement à maturité. Décodage.
Elon Musk vient de partager sur X une vidéo de six secondes montrant le robot humanoïde Optimus de Tesla en train de danser. Le robot effectue des mouvements des bras et des jambes avec coordination et fluidité, une progression notable par rapport aux démonstrations précédentes. Selon Musk, la séquence a été enregistrée en temps réel, sans effets numériques.
Entraînement en simulation et transfert au monde réel
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