Faire face aux fakes d’IA

“L’infocalypse IA” commence à se déployer dans les réseaux sociaux • Microsoft et OpenAI prévoient un superordinateur à 100 milliards de dollars • L’IA détectera les armes à feu dans le métro de New York • Devin augure d’une valorisation à 2 Md$ • Le PDG de Google Deepmind dénonce la bulle IA • Bienvenue dans Qant, mardi 2 avril 2024

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Chaque jour, les journalistes de Qant illustrent les tendances de fond qui animent la tech. Ils s’appuient sur Kessel Média et utilisent l’IA générative depuis mars 2022.

L’ÉVÉNEMENT

Des crevettes et du chocolat

Photos, voix, vidéos : les fakes IA se diffusent un peu partout. Pendant ce week-end de Pâques, des christs faits de crustacés se sont répandus sur Facebook, parmi d’autres tentatives désespérées d’attirer l’attention via l’IA. La pointe émergée d’un dangereux iceberg.

Un Jésus en crevettes généré par IA et publié sur Facebook - Source : StanfordUn Jésus en crevettes généré par IA et publié sur Facebook - Source : Stanford

L’image du Christ en crevettes – ou en crabe, ci-dessous – a diverti la planète de l’IA pendant les fêtes de Pâques. Les images générées par l’IA ont envahi les réseaux sociaux. Certaines l’ont fait dans un but commercial légitime, d’autres non.  Et au fur et à mesure que la puissance des modèles “multi modaux” s’étend au-delà des images fixes, leur utilisation devient plus controversée. 

Ainsi la semaine dernière, l’actrice Sara Poyzer s’est plainte d’avoir été remplacée dans un projet de la BBC par une voix générée par l’IA et une candidate républicaine au Sénat a forcé un site Web à retirer une vidéo d’elle extrêmement crédible – mais fausse. Un mois auparavant, c’est la voix d'Emmanuel Macron qui avait été falsifiée dans un faux journal de France24, tweeté par l'ancien président russe Dimitri Medevedev.

Le Digital Services Act (DSA), qui vient d’entrer en vigueur, prétend imposer aux plateformes de mettre de l’ordre en leur sein. Face à l’IA qui déferle, elles auront du mal.

Et encore moins d’envie de s’y efforcer, comme le montre l’annonce de Meta, hier, de la suppression imminente de CrowdTangle, un tableau de bord utilisé pour lutter contre la désinformation.

L’INTÉGRALITÉ DE CET ARTICLE EST DISPONIBLE EN FIN DE LETTRE

L’ESSENTIEL : Cognition Labs, DeepMind, Fourier, Google, Microsoft, OpenAI, X.ai

ROBOTS

Jouer de la batterie et s’occuper des personnes âgées

S’il est mis en scène jouant de la batterie, le GR-1 du chinois Fourier a pour objectif de répondre aux défis du vieillissement de la population chinoise.

Dans une vidéo publiée récemment, le robot humanoïde Fourier GR-1 a montré ses capacités à jouer de la batterie grâce à son torse bionique et ses capacités de contrôle de mouvement similaires à celles d'un humain. Le robot, qui pèse 55 kilos et mesure 165 centimètres, peut aussi se déplacer assez rapidement – 5 km/h – en évitant les obstacles, de descendre des pentes de manière stable et de résister à des perturbations.

Pas d’intelligence artificielle : le robot dispose d'une bibliothèque de mouvements prédéfinis pour la torsion, l'accroupissement et la préhension, en quatre modes : la station debout non assistée, la locomotion dynamique, le mouvement en position debout et la manipulation. Cela le rend également capable de marcher. 

Basée à Shanghai et Singapour, Fourier Intelligence produit des exosquelettes depuis sa création en 2015. Elle a lancé le GR-1 en 2023, avec pour objectif annoncé de répondre au défi du vieillissement de la population en Chine. Il est censé pouvoir pallier les pénuries de main-d'œuvre, mais également assurer des soins aux personnes âgées. 

Pour en savoir plus :


  • Chercher des puces au chien robot • Une équipe de chercheurs de l'université des Sciences et Technologies de Hong Kong est parvenue à développer des puces olfactives biomimétiques, des puces imitant le système olfactif biologique. Ces dernières contiennent jusqu'à 10 000 capteurs de gaz permettant de distinguer avec précision une large variété d'odeurs. Grâce à l'intégration d'algorithmes d'intelligence artificielle, elles traitent et interprètent les données des capteurs de gaz avec une grande précision. Ces puces permettront des applications nouvelles dans l'industrie alimentaire, la surveillance environnementale, le domaine médical et les paramètres industriels… et les chiens robotiques.
    Pour en savoir plus:
    Unite.ai

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

  • OpenAI génère des voix… • OpenAI vient de présenter un nouvel outil, Voice Engine, capable de recréer la voix d'une personne à partir d'un enregistrement de 15 secondes. Actuellement testée par un groupe restreint d'entreprises, cette technologie peut générer une voix synthétique et lui faire lire un texte, même dans une langue différente de celle de l'enregistrement original. OpenAI l’envisage principalement pour les personnes ayant perdu leur voix en raison d'une maladie ou d'un accident. Voice Engine a ainsi reconstitué la voix d'une femme affectée par un cancer du cerveau. Toutefois, OpenAI limite l'accès à cette technologie en raison des risques potentiels, comme la propagation de désinformation ou l'usurpation d'identité. La société explore des méthodes pour marquer les voix synthétiques et empêcher leur utilisation malveillante, notamment en sécurisant l'accès aux comptes bancaires en ligne.
    Pour en savoir plus:
    New York Times

  • …Et Grok fait sa mue • X.ai vient d'annoncer la sortie dans les prochains jours de Grok-1.5, une mise à jour majeure du modèle de langage entraîné sur X-Twitter. L’entreprise promet une amélioration de la capacité de raisonnement, en particulier pour les tâches liées à la programmation et aux mathématiques. Grok-1.5 pourra traiter des contextes jusqu'à 128 000 tokens, permettant une meilleure compréhension et gestion des données. Il continuera de répondre à des questions sur des sujets généralement évités par d'autres modèles d'IA, avec un "humour" caractéristique. La nouvelle version sera bientôt accessible aux premiers testeurs sur X-Twitter, avec l'ajout de nouvelles fonctionnalités. Cette annonce intervient après que X.ai a rendu le code de Grok-1 open source (lire Qant du 19 mars). Les utilisateurs du plan Premium de X, au tarif de 8 $ par mois, auront accès gratuitement au chatbot Grok, qui utilisera Grok-1.5 comme modèle de fondation (lire Qant du 28 mars).
    Pour en savoir plus:
    Techcrunch

  • L’IA pour détecter les armes à feu • La ville de New York lancera dans 90 jours un test de technologie de détection d'armes à feu par intelligence artificielle aux tourniquets du métro. Il utilisera les scanners d’Evolv Technology, une entreprise créée dans le Massachusetts en 2013, qui affirme que son IA peut détecter presque tous les types d'armes. Elle a déjà été déployée dans des stades, des écoles et des musées, mais l’éventuelle mise en place de cette technologie dans le métro de New York suscite déjà des critiques, aussi bien sur son efficacité que sur le traitement des données.
    Pour en savoir plus:
    New York Times

  • L’insatiable appétit d’OpenAI • L’entraînement des modèles d’OpenAI devient de plus en plus gourmand en puissance de calcul et Sam Altman s’est dit inquiet de la supériorité de Google en la matière. Microsoft, qui investit quelque 50 milliards de dollars (46 milliards d’euros) par an dans les datacenters d’Azure, semble prêt à mettre les bouchées doubles. À l’horizon 2030, la firme de Satya Nadella aurait l’intention de développer pour OpenAI un datacenter d’un coût estimé à 100 milliards de dollars (93 milliards d’euros), selon le média The Information. Le projet baptisé "Stargate" utiliserait des millions de puces spécialisées et nécessiterait une puissance électrique de 5 gigawatts. Il s’agit là de la cinquième phase d’un plan d’investissement qui conduira Microsoft à ouvrir dans le Wisconsin, dès 2026, un datacenter dédié à OpenAI qui coûtera une dizaine de milliards de dollars (9,3 milliards d’euros).
    Pour en savoir plus:
    The Information, Reuters

  • Un Devin à 2 milliards • La start-up londonienne Cognition Labs, qui a récemment lancé son assistant de codage Devin (lire Qant du 14 mars), vise une valorisation jusqu'à 2 milliards de dollars selon le Wall Street Journal. Cette valorisation représenterait près de six fois sa valeur au dernier tour, où la start-up a levé 21 millions de dollars (19,5 millions d’euros), en série A, notamment auprès de Founders Fund. Devin, capable de réaliser de manière autonome des tâches de codage complexes, est présenté comme susceptible d’automatiser entièrement le développement logiciel.
    Pour en savoir plus:
    Wall Street Journal, Fortune

  • Trop de milliards pour l’IA • Demis Hassabis, qui dirige Google DeepMind, s’inquiète publiquement du battage médiatique sur l'intelligence artificielle, exacerbé par l'afflux de milliards de dollars dans les start-ups. L’IA est souvent trop surestimée, ce qui crée des attentes irréalistes. Cet enthousiasme excessif obscurcit les progrès scientifiques réels dans le domaine. Or, le développement de l'intelligence artificielle générale (AGI) doit précisément être abordé avec une méthode scientifique.
    Pour en savoir plus:
    Financial Times

MONNAIES NUMÉRIQUES ET BLOCKCHAINS

  • Chercher ses bitcoins sur Google • Le moteur de recherche de Google permet désormais aux utilisateurs de consulter les soldes de leurs portefeuilles de cryptomonnaies sur les blockchains Bitcoin, Arbitrium, Avalanche, Optimism, Polygon et Fantom. Les résultats affichent le solde en tokens, incluant les transactions jusqu'à la dernière mise à jour du réseau. Par exemple, en entrant une adresse spécifique, Google affichera le nombre de bitcoins disponibles dans le portefeuille concerné. Google précise que les mises à jour ne sont pas instantanées, il peut donc y avoir un délai entre les nouvelles transactions et leur apparition dans les résultats de recherche. Bien que les transactions sur la blockchain Bitcoin soient publiques, l'identité du propriétaire du portefeuille reste anonyme.
    Pour en savoir plus:
    Silicon Angle

ÉDITION PREMIUM

En exclusivité pour les abonnés :

  • Des images d’IA sur Facebook qui vendent des produits inexistants jusqu’au deep fake des services russes qui campait Emmanuel Macron annulant sa visite en Ukraine, l’iceberg de l’IA est en train de percuter les réseaux sociaux. Le DSA européen aura du mal à y mettre bon ordre.  

Des crevettes et du chocolat

Photos, voix, vidéos : les fakes IA se diffusent un peu partout. Pendant le week-end de Pâques, des christs faits de crustacés se sont répandus sur Facebook, parmi d’autres tentatives désespérées d’attirer l’attention via l’IA. La pointe émergée d’un dangereux iceberg.

Les images générées par IA se multiplient sur Facebook - Source : StanfordLes images générées par IA se multiplient sur Facebook - Source : Stanford

Des christs en crevettes pour attirer le chaland. Dans la course perpétuelle des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux pour capter l'attention, on attendait l'IA, la voici.

Jésus en crevettes a remplacé le pape en doudoune d’il y a un an (lire Qant du 28 mars 2023), mais ses intentions ne sont pas toujours très catholiques.

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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