« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

De la “libération” en Amérique
Donald Trump, le 2 avril, a fait tomber une météorite sur l’économie mondiale. Une semaine après, le dollar vacille, les bourses s’effondrent et le prix symbolique de l’iPhone aux États-Unis s’apprête à s’envoler. La tech offre un bon guide de la catastrophe trumpienne, qui présente une chance historique pour l’Europe.
La crise dans laquelle Trump plonge le monde n’épargnera pas la tech • Qant avec GPT-4o
Vider l’Otan de son sens n’avait pas suffi. Il a fallu que Trump tienne ses promesses pour que les yeux se dessillent et que les milieux d’affaires prennent la mesure de celui qu’ils ont contribué à faire réélire.
Dans les jours qui viennent, le très symbolique prix de l’iPhone devrait passer au-dessus des 1 000 dollars aux États-Unis, annonçait ce week-end l’agence Bloomberg. Le Wall Street Journal calcule pour sa part que les tarifs trumpiens augmentent le coût de fabrication d’un iPhone 16 Pro de 54 %, et que relocaliser la production décuplera les coûts de main-d’œuvre. La première entreprise américaine, Apple, se trouve donc face à un choix cornélien : augmenter ses prix ou réduire ses marges, alors que ses ventes s’écrouleront de toutes manières.
Stagflation
Tour la tech américaine, non seulement Apple, se trouve logée à la même enseigne, ainsi d’ailleurs que le reste de l’agriculture et de l’industrie, mais aussi des services. L’augmentation brutale des prix de revient risque d’enclencher une spirale inflationniste qui touchera tous les secteurs, tout en contractant brutalement la demande intérieure. Quand on n’a plus de quoi renouveler son parc informatique, on regarde de plus près la note de l’avocat.
L’Occident a vécu une semblable période de stagnation et d’inflation – la stagflation – après le choc pétrolier de 1973. Il a fallu, à l’époque, plusieurs années pour que les chaînes logistiques et de production ne se rééquilibrent. On ne voit guère de raison pour qu’il en aille autrement un demi-siècle plus tard. Cette fois, le rééquilibrage se fera en faveur de la Chine. « La guerre commerciale mondiale de Trump est un cadeau stratégique au président chinois », résume le WSJ.
Maintenant ou jamais
L’Europe a cependant une carte à jouer, et non des moindres. Elle semble pour l’heure s’orienter vers des négociations avec son harceleur, en ne menaçant de frapper que des entreprises emblématiques : Tesla et Harley Davidson, X et Jack Daniel’s... Des voix s’élèvent pour qu’elle reconstruise des zones de libre-échange, marginalisant les États-Unis – à l’instar de ce qui commence à se passer dans l’Otan.
L’occasion est belle, aussi, de reconstruire une industrie européenne de la tech. Réarmement et tech vont de pair, qu’il s’agisse d’intelligence artificielle ou de photolithographie. Les mânes de Nokia et d’Alcatel ne sont pas si loin pour que l’Europe ne puisse pas faire levier sur Mistral et ASML.
Et si la crise emporte le dollar, comme Donald Trump semble en avoir formé le dessein, il lui faudra imposer l’euro aux côtés du bitcoin.
J.R.
Tik-Tok
Dragon fâché, TikTok gelé • La réplique chinoise au “Jour de la Libération” n’a pas tardé : non seulement Pékin a imposé des tarifs douaniers de 34 % à tous les produits américains, mais elle a aussi contraint Trump à sa première reculade. La queue entre les pattes, la Maison-Blanche a annoncé vendredi un nouveau délai de 75 jours avant l’interdiction de TikTok aux États-Unis. La veille, Donald Trump estimait publiquement qu’un accord avec la Chine était “très proche” et qu’il pourrait ainsi revoir à la baisse les droits de douane dirigés contre le pays. Cet accord devrait inclure une participation minoritaire de Bytedance dans TikTok America, en échange d’une licence d’utilisation de l’algorithme de recommandation. Cela permettra quoi qu’il arrive à la Chine de continuer à influencer les contenus proposés et d’analyser les données des Américains. Précisément les questions de sécurité nationale qui rendaient urgente et nécessaire l’interdiction de TikTok sur le sol américain, d’après la loi que Trump a suspendue arbitrairement. En savoir plus…
Trump paralyse l'innovation américaine
Dans sa guerre contre les universités et la recherche financée par le gouvernement, l'administration de Donald Trump vise précisément les institutions qui ont fait des États-Unis la première puissance technologique, militaire et économique du monde. Alors que la Chine s'approprie le même modèle d'innovation, sa destruction ne pouvait pas plus mal tomber.
Par William H. Janeway (université de Cambridge)
L’assaut trumpien • Qant avec GPT-4o
« L'assaut de Trump et d'Elon Musk contre les deux piliers du système d'innovation américain – l'État et le monde universitaire – ne pouvait pas tomber à un pire moment. En fait, on peut dire que la plupart de leurs comportements ne se distinguent pas de ce qu'un agent chinois rémunéré chercherait à faire. »
« Plus de 1 200 scientifiques ayant répondu à un sondage de Nature – soit les trois quarts du total des répondants –- envisagent de quitter les États-Unis à la suite des perturbations provoquées par Trump. L'Europe et le Canada figurent parmi les premiers choix de relocalisation. »
« Le fait que Musk se concentre sur l'accès aux réservoirs de données personnelles du Trésor et de l'Administration de la sécurité sociale suggère un agenda plus étroit et plus intéressé. Ces ensembles de données uniques peuvent être mobilisés pour entraîner son propre modèle de langage, connu sous le nom de Grok, dans la compétition pour le leadership en matière d'IA. »
Qant est membre de Project Syndicate.

Une nouvelle manade de Llamas atteint la Californie
Ce week-end, Meta a présenté les premiers modèles de la série Llama 4. De quoi faire face à DeepSeek, qui lui avait volé la vedette des modèles open source en début d’année.
Meta a présenté ce week-end deux nouveaux modèles d’IA open source, Llama 4 Scout et Maverick. Ils alimentent déjà Meta AI sur WhatsApp, Messenger, Instagram et sur le web.
Le modèle Llama 4 Scout est conçu pour tenir sur un seul GPU Nvidia H100, avec une fenêtre de contexte de 10 millions de tokens. Il surpasse selon Meta les modèles Gemma 3, Gemini 2.0 Flash-Lite et Mistral 3.1 sur de nombreux benchmarks.
Le modèle Llama 4 Maverick, de taille supérieure, est comparé par Meta à GPT-4o et Gemini 2.0 Flash. Ses performances en codage et raisonnement seraient similaires à DeepSeek, avec moins de la moitié des paramètres actifs.
Scout et Maverick ont été créés par distillation d’un troisième modèle, Llama 4 Behemoth, doté de 2 000 milliards de paramètres. Encore en phase d’entraînement, Behemoth bat déjà GPT-4.5 et Claude Sonnet 3.7 sur plusieurs benchmarks scientifiques, assure Meta.
Tous les modèles Llama 4 disposent dans le réseau neuronal des couches de Mixture of Experts (MoE), pour activer uniquement les neurones nécessaires à chaque tâche et donc réduire les coûts d’utilisation.
À SURVEILLER : LlamaCon. Meta prévoit de détailler sa stratégie IA le 29 avril, dans un contexte de concurrence croissante. Avec les géants chinois – outre Deepseek, Tencent, Alibaba et Baidu proposent tous des modèles open source – mais aussi américains : Behemoth devra se mesurer à GPT-5 et Claude 4.
On n’arrête plus Runway
Runway, spécialisée dans la génération de vidéos par intelligence artificielle, obtient un financement de plus de 300 millions de dollars une semaine après le lancement de son nouveau modèle.
Runway a levé 308 millions de dollars lors d’un tour de table de série D mené par General Atlantic, avec la participation de Fidelity, Baillie Gifford, SoftBank et Nvidia.
Cette levée de fonds porte le financement total de Runway à 536,5 millions de dollars, valorisant l’entreprise à plus de 3 milliards de dollars.
Runway prévoit d’utiliser ce capital pour renforcer sa recherche en intelligence artificielle, développer ses effectifs et étendre son studio de production audiovisuelle Runway Studios.
La société entend également créer ses propres jeux de données grâce à une équipe interne composée notamment d’un scénariste, d’un artiste VFX et d’un animateur.
Cette levée intervient peu après le lancement de Gen-4, un nouveau modèle de génération vidéo censé améliorer la cohérence visuelle des clips produits.
À SURVEILLER : Les poches profondes. Face à OpenAI et Google, une start-up ne peut tirer son épingle du jeu que si elle est soutenue par des investisseurs aux reins solides. C’est le cas de Perplexity dans la recherche. Dans la vidéo, Synthesia semble avoir jeté l’éponge, en levant une série D de 180 millions pour se concentrer sur la niche des avatars vidéo. Ne reste plus que Runway, même si une surprise peut encore venir de la multitude de start-up du segment, notamment Pika AI.
Amazon, Anthropic, Mistral, Nvidia, OpenAI
Mistral AI souffle sur la tour CMA CGM • CMA CGM va investir 100 millions d'euros sur cinq ans dans un partenariat stratégique avec Mistral AI pour intégrer ses modèles d’IA générative dans les activités du groupe : transport maritime, logistique et médias. Deux structures seront créées : une “AI Factory” à Marseille pour développer des outils métier (automatisation, e-commerce, gestion documentaire), et un “AI Media Lab” à Paris pour concevoir des solutions éditoriales, comme le fact-checking automatisé. En savoir plus…
Des images, oui, mais des OpenAI • Depuis le 25 mars, les utilisateurs de ChatGPT ont généré plus de 700 millions d’images avec le nouveau générateur d’images de GPT-4o, indique OpenAI. L’outil, connu désormais pour sa capacité controversée à produire des visuels réalistes en style Ghibli, est en passe de devenir l’un des lancements les plus populaires de la start-up. Sa viralité a entraîné une forte hausse des inscriptions, mais aussi des ralentissements techniques et des polémiques renouvelées sur le droit d’auteur. En savoir plus…
Un agent pour faire ses courses sur Amazon • Amazon teste un bouton "Buy for Me" capable d’acheter des produits à la place de l'utilisateur sur des sites tiers. Alimentée par son système Nova (lire Qant du 1er avril) et le modèle Claude d’Anthropic, cette nouvelle fonctionnalité d’agent IA remplit automatiquement les champs de paiement et d’expédition pour finaliser l’achat sans quitter l’application Amazon. L’IA transmet les informations de manière chiffrée, et le suivi de commande resterait accessible depuis Amazon. En savoir plus…
Claude défend l’esprit critique • Anthropic lance Claude for Education, une offre destinée aux universités, avec des outils pour les étudiants et les enseignants. Le mode "Learning" encourage la réflexion critique, et Claude peut aider à résoudre des exercices, rédiger des plans ou analyser des données administratives. Des accords ont été signés avec des établissements comme Northeastern, la LSE et Champlain College. En savoir plus…
Avant l’hiver des puces, la Chine fait ses réserves • Alibaba, ByteDance et Tencent auraient multiplié par 4 à 6 leurs achats de GPU Nvidia au premier trimestre 2025. Ils auraient dépensé plus de 16 milliards pour acquérir des puces H20, en prévision de l’entrée en vigueur en mai de nouvelles restrictions américaines sur les exportations de GPU. À titre de comparaison, Nvidia avait généré environ 4,3 milliards par trimestre en Chine l’an dernier. Le chiffre réel pourrait être plus élevé, car certaines puces transitent par Singapour pour contourner les sanctions. En savoir plus…

BNY publie les données de BlackRock sur Ethereum
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