Kessel

Quand les banques lorgnent vers les stablecoins et xAI vers les investisseurs

xAI prépare une levée de 20 milliards • Citi voit arriver le moment ChatGPT des stablecoins • Benchmark Capital investit dans la chinoise Manus AI • Le régime américain sur les investissement et le commerce en IA casse en deux l'Europe et l'Otan • Ultra, nouveau véhicule tactique autonome pour l’US Army • Bienvenue dans Qant, lundi 28 avril 2025.

« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Course-poursuite à 20 milliards

La start-up d’IA d’Elon Musk cherche à rattraper l’avance prise par OpenAI, mais la dette du réseau social X pèsera sur son développement.

  • Pendant le week-end, Bloomberg a révélé que xAI Holdings, la start-up d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk, est en discussion avec des investisseurs pour lever au moins 20 milliards de dollars.

  • Issue de la fusion des activités d’intelligence artificielle et de réseau social, la start-up vise une valorisation combinée de plus de 120 milliards de dollars – contre 113 milliards lors de l’absorption de X fin mars. 

  • EN FILIGRANE : Fin mars, OpenAI a réuni 40 milliards de dollars en deux tranches, principalement auprès de Softbank. 

  • À SURVEILLER : Le poids de la dette. Une partie de la levée devrait être consacrée, non au développement de l’IA, mais au remboursement de la dette dont Elon Musk a grevé le réseau social X, au moment où il l’a retiré de la Bourse.

La tokenisation des dépôts bancaires fera la fortune des stablecoins

Après Standard Chartered, Citi prévoit que la capitalisation des stablecoins pourrait décupler d’ici à 2030, notamment par effet d’une adoption massive par les banques.

  • Une étude du Citi Institute, le think tank interne de Citigroup, la troisième banque américaine, anticipe que la capitalisation totale des stablecoins s’étagera entre 1 600 milliards et 3 700 milliards de dollars d’ici 2030, selon les scénarios, contre 230 milliards au moment de l’étude.

  • Ces projections reposent sur un basculement progressif des dépôts bancaires et de la trésorerie vers les stablecoins, tant aux États-Unis que dans le monde, notamment pour les paiements et la gestion de liquidité.

  • Malgré leur potentiel, les stablecoins doivent surmonter l’incertitude réglementaire et les inquiétudes des États. La croissance reste conditionnée à une législation favorable dans plusieurs juridictions, au-delà des États-Unis et de l’Union européenne.

  • EN FILIGRANE : La tokenisation des dépôts bancaires. Deux banques américaines, Custodia Bank et Vantage Bank, ont déjà émis un premier “deposit stablecoin” (voir Qant du 2 avril). Ces jetons bancaires ne s’apparentent pas à un fonds monétaire, comme les stablecoins aujourd’hui sur le marché, mais à des dépôts non rémunérés. Il s’agit donc, selon les termes de la CEO de Custodia, de “vrais dollars” et non de quasi-dollars comme les autres.  

  • À SURVEILLER : La dette publique américaine. Il y a moins de deux semaines, la banque britannique Standard Chartered a présenté des prévisions qui arrivent au même résultat : une croissance exponentielle de la circulation de stablecoins dollar, permettant au Trésor américain de pallier la méfiance nouvelle des investisseurs envers les Treasuries.

Lavo Manus in pecunia

La start-up chinoise Butterfly Effect, à l'origine de l’agent Manus AI, accueille Benchmark Capital sur une valorisation de 500 millions de dollars.

  • La start-up Butterfly Effect a levé 75 millions de dollars, lors d’un tour de table mené par le fonds américain Benchmark Capital, avec la participation de ses investisseurs existants Tencent, ZhenFund et HSG (anciennement Sequoia China), selon Bloomberg

  • Cette levée quintuple la valorisation de l’entreprise, qui atteint désormais près de 500 millions de dollars.

  • Manus AI, dévoilé en mars, repose sur un agent généraliste d’intelligence artificielle, présenté comme capable d'exécuter, notamment, des tâches comme le tri de CV, la planification de voyages ou l’analyse boursière.

  • L'entreprise prévoit d’utiliser ce financement pour s’étendre à l’international : aux États-Unis, au Japon et au Moyen-Orient, en particulier.

  • EN FILIGRANE : Le rattrapage chinois en IA. L’agent Manus AI, l’un des plus avancés au monde, rivalise avec DeepSearch d’OpenAI. Il symbolise ainsi, avec DeepSeek, l’émergence d’une industrie chinoise de l’IA de plus en plus compétitive. Le soutien financier d’un géant du capital-risque américain comme Benchmark Capital (connu pour Uber et Twitter) légitime cette percée, mais il surprend et suscite la polémique.

  • À SURVEILLER : Un pied de nez à Washington. Depuis le début de l’année, l’administration fédérale a mis en place des limitations sur les investissements américains en Chine, et inversement. Benchmark Capital a pu les contourner, en profitant de la souplesse de l’autorégulation. Cela lui a déjà attiré quelques violentes critiques et fait de son investissement un test important pour la manière dont les investisseurs en capital-risque – pour l’essentiel américains – peuvent naviguer dans un environnement international de plus en plus restrictif.

Anthropic, OpenAI

  • Percer la boîte noire de l’IA en 2027 • Le CEO d’Anthropic, Dario Amodei, vient de publier un appel vibrant à ce que la recherche accélère sur “l’interprétabilité des modèles”. Retracer les raisonnements des modèles – “l’interprétabilité mécanistique” – doit permettre de détecter de manière fiable la plupart des défaillances des modèles d’IA d’ici 2027. Une étape qu’il juge, avec bon sens, essentielle avant d’aboutir à l’intelligence artificielle générale. Amodei en appelle à une mobilisation collective des acteurs avancés comme OpenAI, Google DeepMind et sa propre Anthropic. En savoir plus… 

  • Le grand public découvre Deep Research • OpenAI a rendu Deep Research accessible aux utilisateurs gratuits de ChatGPT, dans une version allégée limitée à cinq utilisations par mois. Cette version repose sur le modèle o4-mini, moins coûteux que la version standard basée sur le modèle o3, réservée aux abonnés. L’activation se fait via un bouton dédié dans l’interface. Les utilisateurs payants disposent de quotas plus élevés, et basculent automatiquement vers o4-mini une fois leur limite atteinte. Des outils similaires sont proposés par Gemini, Grok et Perplexity. En savoir plus…

Les cadeaux empoisonnés de Joe Biden

Avant même que Donald Trump ne mette l’économie mondiale à feu et à sang avec des tarifs douaniers incohérents”, l’administration Biden avait durci la réglementation sur les investissements et les échanges commerciaux sur l’IA.

  • Depuis le 2 janvier 2025, une règle du Département du Trésor américain, la « Final Outbound Rule », impose des restrictions aux investissements sortants vers la Chine.

  • Elle vise les investissements américains dans des entreprises chinoises actives dans les semi-conducteurs, la microélectronique, les technologies quantiques et l’intelligence artificielle. Sont concernées les acquisitions de parts, financements, coentreprises et investissements dans des fonds non américains liés à des personnes ou entités chinoises opérant dans les secteurs sensibles.

  • Cependant, cette règle n’instaure aucun mécanisme pour surveiller les transactions et s’en remet à l’autorégulation par les investisseurs eux-mêmes, auxquels elle impose des obligations de diligence et de notification et parfois de s’abstenir de certaines opérations.

  • Par ailleurs, le U.S. Framework for Artificial Intelligence Diffusion, publié en janvier 2025, établit des règles pour gérer la diffusion mondiale des technologies d’intelligence artificielle en s’appuyant sur le levier stratégique de la puissance de calcul.

  • Il introduit des contrôles renforcés sur les puces avancées et impose des restrictions sur les poids de modèles d’IA non publics.

  • Trois niveaux de pays sont définis, avec des restrictions progressives selon l’appartenance à un groupe : absence de restrictions pour les partenaires stratégiques, autorisations spécifiques pour les autres, et interdiction pour les pays sous embargo.

Les trois niveaux d’exportation de l’IA américaine • Source : Rand Corporation

  • EN FILIGRANE : L’Otan et l’Europe coupées en deux. Alors que les principaux pays d’Europe occidentale et la Scandinavie font partie des partenaires privilégiés des États-Unis, le Portugal et l’Europe centrale et orientale se retrouvent rétrogradés, enfonçant ainsi un coin dans la liberté des échanges au sein de l’Union Européenne.

  • À LIRE : Résistance libérale. Ci-dessous, Soňa Muzikárová, chercheuse à l’Atlantic Council et à la Harvard Kennedy School, s’élève contre les restrictions américaines, qu’elle juge contre-productives. Tout comme Benchmark Capital, elle nage à contre-courant.

Un rideau de fer américain tombe sur l'IA

Les États-Unis empêchent nombre de leurs alliés d'accéder à la frontière de l'IA en imposant des contrôles à l'exportation trop larges sur les puces avancées, risquant ainsi d'exercer leur propre influence sur la trajectoire de la technologie. Si les pays d'Europe centrale et orientale, férus de technologie, ne peuvent pas compter sur les États-Unis, ils pourraient se tourner vers la Chine.

Par Soňa Muzikárová (Atlantic Council, Harvard Kennedy School)

La géopolitique de l’IA. • Qant, M. de R. avec GPT-4o

« Le leadership en matière d'IA ne se limite pas au contrôle du matériel et des logiciels. Il s'agit également de définir des normes mondiales pour le développement, le déploiement et cette gestion de la technologie. En écartant leurs alliés de la frontière de l'IA, les États-Unis risquent de perdre leur influence sur la trajectoire de cette technologie. »

« Les responsables politiques américains pensent préserver l'avance technologique et les intérêts de sécurité nationale des États-Unis, même si cela implique des frictions avec des alliés de longue date. Mais les restrictions imposées aux puces d'IA risquent également de compromettre la cohésion de l'Otan et de freiner sa modernisation. La guerre en Ukraine a montré que les combats s'articulent de plus en plus autour des capacités d'IA – des cyberdéfenses aux drones. »

Qant est membre de Project Syndicate.

Nec plus Ultra ? un nouveau robot terrestre autonome pour l’US Army

Overland AI vient de présenter un nouveau véhicule terrestre tactique autonome, Ultra, capable de mener des missions de franchissement en environnement dégradé, sans intervention humaine.

Au cours des deux mois de manœuvres de l’US Army sur l’avenir du combat terrestre, le Project Convergence Capstone 5 (PC-C5), qui vient de se terminer, la start-up américaine Overland AI a mis sur le terrain Ultra, un véhicule terrestre autonome de nouvelle génération, destiné à soutenir les opérations dans des environnements complexes. Il peut évoluer hors champ de vision, sans GPS, sans carte préalable et sans opérateur humain, dans des conditions extrêmes : boue, neige, forêts denses, sable, terrains volcaniques ou zones privées de communication. Doté de capteurs passifs embarqués, il navigue en analysant le terrain en temps réel, tout en restant connecté via des réseaux mesh, des liaisons satellites ou simplement en 5G.

Ultra n’est donc pas directement comparable au Centurio de Nexter, filiale du groupe franco-allemand KNDS, deux fois plus lourd malgré des dimensions comparables. Le Centurio est conçu pour le soutien direct aux unités débarquées et la neutralisation de menaces lourdes et il dispose de capacités d’armement plus puissantes (canon de 30 mm, mitrailleuse…). En revanche, il propose une alternative plus lourde et plus rapide au Mission Master SP de l’allemande Rheinmetall, qui équipe déjà l’armée britannique et les marines américains.


EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :

• Les contrôles américains sur les puces d’IA risquent d’isoler leurs alliés d’Europe centrale et orientale, freinant leur développement technologique.

• Overland AI dévoile Ultra, un robot terrestre autonome capable de naviguer sans GPS ni opérateur dans des terrains extrêmes.

Un rideau de fer américain tombe sur l'IA

Les États-Unis empêchent nombre de leurs alliés d'accéder à la frontière de l'IA en imposant des contrôles à l'exportation trop larges sur les puces avancées, risquant ainsi d'exercer leur propre influence sur la trajectoire de la technologie. Si les pays d'Europe centrale et orientale, férus de technologie, ne peuvent pas compter sur les États-Unis, ils se tourneront vers la Chine.

Par Soňa Muzikárová (Atlantic Council, Harvard Kennedy School)

La géopolitique de l’IA. • Qant, M. de R. avec GPT-4o

À l'aube de la seconde moitié des années 2020, les capacités en matière d'IA deviennent un facteur de plus en plus déterminant de la puissance économique et militaire. C'est pourquoi, après des années d'intensification des contrôles américains sur les exportations de semi-conducteurs avancés à destination de la Chine, l'administration Biden, dans l'un de ses derniers actes, a publié une « règle finale provisoire » pour établir un cadre pour la diffusion de l'intelligence artificielle. Si cette règle de diffusion de l'IA (comme on l'appelle) reste intacte, les intrants américains nécessaires au développement de modèles d'IA d'avant-garde ne seront accessibles qu'à un cercle restreint d'alliés.

Une hiérarchie d'accès controversée

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Qant: Révolution cognitive et Avenir du numérique

Par QANT: IA et Technologies Émergentes

Jean Rognetta

Binational franco-italien, économiste de formation, Jean devient journaliste au milieu des années 1990, après avoir fait ses premiers pas dans l’édition et la technologie. Il débute sa carrière au groupe Tests, leader de la presse informatique, puis se spécialise en financement de l’innovation et des PME. Il couvre le sujet pour Les Echos et Capital Finance de 2000 à 2015. En 2016, il rejoint le magazine Forbes et devient directeur de la rédaction de l’édition française.
Pendant la crise financière, il lance l’association PME Finance, à l’origine notamment du PEA-PME et de l’amortissement du corporate venture, ainsi que partiellement de la libéralisation du crowdfunding. Elle fusionne en 2015 avec le groupement d’entrepreneurs Croissance Plus.
Depuis 2020, Jean a lancé la revue SAY, édition française de Project Syndicate, dont il reste contributing editor, le supplément Corporate Finance du Nouvel Économiste et la collection Demain! aux Editions Hermann.

Maurice de Rambuteau

Diplômé du Centre de Formation des Journalistes (CFJ Paris) et de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP BS), Maurice de Rambuteau a fait ses premières armes de journaliste dans le sport, pour le site et le magazine SoFoot, puis au sein de la rédaction football de L'Equipe. Il s'est ensuite tourné vers le journalisme économique au sein de la rédaction de La Croix, avant de donner libre cours à sa passion pour la technologie en rejoignant Qant en juin 2022 pour un premier tour d’horizon de l’IA générative. Depuis, il a percé les mystères des blockchains et du métavers et, surtout, passé des dizaines de modèles d’IA au banc d’essai.

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