« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

La propagande russe parle avec les voix d’ElevenLabs
L’opération Undercut, qui visait les JO de Paris et les élections américaines aussi bien que l’Ukraine, vient d’être mise à jour.
Peu avant son acquisition par Mastercard – prévue début 2025 –, la société américaine d’intelligence économique Recorded Future vient d’identifier une nouvelle opération russe de désinformation mêlant IA et réseaux sociaux, qu’elle a baptisée Operation Undercut.
La filiale de sécurité de Recorded Future, Insikt Group, a identifié plus de 500 comptes sociaux reliés à Undercut, mais elle indique que le nombre véritable est probablement bien supérieur.
Depuis la fin 2023, l'opération Undercut crée de fausses vidéos et images qui imitent les grands médias internationaux, afin d'amplifier les faux narratifs. Cette approche est similaire à celle utilisée dans l'opération Overload (également connue sous le nom de Matryoshka), une autre opération d'influence russe.
Des contenus produits par Undercut contre les JO de Paris • Source : Insikt Group
En particulier, Undercut utilise des contenus vidéos avec des voix off générées par l'IA. Ces vidéos sont produites en russe, anglais, allemand, polonais, français et turc.
L'analyse des vidéos produites par l'opération Undercut a révélé que de nombreuses voix off étaient générées artificiellement. Les chercheurs ont pu identifier la start-up ElevenLabs, l’IA la plus avancée du marché, comme l'un des services d'IA utilisés pour créer ces voix off.
Chaque logiciel de synthèse vocale a ses propres particularités et laisse une signature sonore identifiable. Les chercheurs ont probablement comparé les voix off des vidéos de l'opération Undercut à une base de données de voix générées par différents logiciels, ce qui leur a permis d'identifier l'utilisation d'ElevenLabs.
Il s’agit de la deuxième opération attribuée à une agence du Kremlin, la Social Design Agency (SDA), après la très connue Doppelgänger, repérée en 2022.
À SURVEILLER : D’après Insikt, la propagande anti-ukrainienne d’Undercut n’a généré que peu d’engagement sur les réseaux sociaux. Sa critique de la pollution de la Seine et de la cérémonie d’ouverture des JO semble cependant avoir fait mouche, tout comme ses narratifs pendant les élections américaines.

Speak crée un Duolingo multimodal
Pour apprendre une langue étrangère, rien de mieux que parler à une IA.
La start-up californienne Speak, spécialisée dans l'apprentissage des langues grâce à l'intelligence artificielle, atteint une valorisation d'un milliard de dollars (environ 920 M€) après une levée de fonds de 78 millions de dollars (environ 72 M€).
Ce financement, mené par le fonds Accel, double la valorisation de l'entreprise en six mois. Parmi les autres investisseurs figurent OpenAI, Khosla Ventures et Y Combinator.
Speak utilise un modèle d'IA pour proposer des conversations audio interactives, permettant aux utilisateurs d'améliorer leur maîtrise orale des langues.
L'application, qui cible actuellement l'apprentissage de l'anglais, prévoit d’ajouter de nouvelles langues, notamment l'espagnol et le français, grâce à ce nouveau financement. Elle compte s’étendre en Europe et en Asie du Sud-Est.
Avec un modèle basé sur un abonnement de 20 dollars par mois (environ 18 euros), Speak attire également des entreprises. Elle compte déjà plus de 200 clients dans son offre Speak for Business.
À SURVEILLER : Remplacement et augmentation. L’apprentissage des langues et la traduction semblent pouvoir offrir des cas d’école sur le déploiement de l’intelligence artificielle. L’effet de remplacement est net sur le bas de ces marchés. Le leader du marché Duolinguo, qui s’est imposé grâce à la gamification, a déjà procédé à des licenciements (lire Qant du 9 janvier). Seul le haut de gamme (tutorat individuel, voyages d’apprentissage, traduction littéraire…) semble épargné. Au moins pour l’instant.
DeepHealth, Google, Reddit, Yelp, Youtube
Le doublage par l’IA arrive sur Youtube • YouTube a étendu sa fonctionnalité de doublage automatique alimentée par l'IA aux chaînes du programme Partenaire YouTube, principalement dédiées aux vidéos éducatives et informatives. Ce service traduit automatiquement les vidéos en anglais vers huit langues, dont le français, l'espagnol et l'allemand, et inversement. Les chaînes concernées se comptent par centaines de milliers, comme Marmiton ci-dessus (dont la vidéo a été automatiquement doublée en anglais). Les créateurs ont la faculté de prévisualiser ou de modifier les doublages avant publication et Google promet que les voix deviendront de plus en plus naturelles. En savoir plus…
L’IA contre le cancer du sein • Une étude menée par DeepHealth, filiale du fournisseur de services d'imagerie diagnostique américain RadNet, affirme que l’utilisation de l’IA dans les mammographies pourrait améliorer la détection du cancer du sein de 21 %. Les recherches s’appuient sur une cohorte de 747 604 patientes. Elles montrent que l’IA, utilisée comme outil complémentaire par les radiologues, augmente les taux de détection, bien que des essais contrôlés soient nécessaires pour confirmer ces résultats. En savoir plus…
Combat de pulls chez OpenAI • Depuis hier, la mise à jour iOS 18.2 permet de lancer ChatGPT, intégré à Apple Intelligence et Siri, à partir du système d’exploitation d’un iPhone 16. Les potentialités vocales de GPT-4o pourront ainsi donner leur pleine mesure. L’app pour Mac de ChatGPT propose également une intégration très intime à la machine. Pour fêter la mise en œuvre d’une intégration annoncée pour la première fois au mois de juin, l’équipe d’OpenAI a demandé à ChatGPT, au cours de la démonstration sur un iPhone (vidéo ci-dessous), de choisir un vainqueur parmi les pulls de Noël de l’équipe. Comme Apple Intelligence n’est pas disponible en Europe, les Européens devront se contenter de la première version de Siri. Et du concours de pulls. En savoir plus…
La France et les robots, II : le défi mondial de gouverner l’IA
Le 10 et 11 février 2025, se tiendra à Paris le troisième sommet international pour l’IA. Pourra-t-il répondre aux innombrables défis politiques et sociaux posés par l’intelligence artificielle et faire naître une gouvernance internationale cohérente ?
Nombre de projets de loi relatifs à l'IA adoptés dans certains pays entre 2016 et 2023 • Source : AI Index
Une réglementation nationale ou régionale de l’IA peut se retourner contre ses auteurs. En Europe, l’AI Act, qui propose un classement des systèmes d’IA par niveau de risque, a jusqu’à présent surtout eu pour effet de couper le continent d’une multitude de systèmes avancés, issus d’Apple, Google, Meta, OpenAI… Alors même que le règlement n’est pas mis en œuvre, il pèse déjà lourdement sur l’acculturation des Européens et la compétitivité de leurs entreprises.
Il est probable qu’un des premiers assauts de l’administration Trump contre l’Europe portera précisément sur la réglementation du numérique, du RGPD à l’AI Act. On se souvient que l’éclat public, cet été, entre le commissaire européen Thierry Breton et celui qui n’était alors qu’un entrepreneur privé, Elon Musk, s’est conclu par le non-renouvellement du premier. Le rapport de forces entre les deux côtés de l’Atlantique ne semble pas destiné à beaucoup évoluer d’ici à février prochain.
Un éléphant dans la pièce, ça Trump énormément
Toutefois, l’administration Trump ne sera au pouvoir que depuis 20 jours, lors de l’ouverture du sommet. Et dès 2022, une attaque utilisant un modèle génératif a ciblé des infrastructures critiques aux États-Unis, exposant l’importance d’une réponse internationale coordonnée. Une ouverture multilatérale sur un sujet technique comme l’IA est donc très improbable, mais pas entièrement impossible.
Trump pourrait vouloir remplacer un accord de Paris sur le réchauffement climatique par son propre accord de Paris, sur l’IA. Et c’est tout l’enjeu du sommet de février.

Circle mise sur Binance pour démocratiser l’USDC
La perspective d’une libéralisation de la crypto sous l’administration Trump conduit le deuxième plus grand stablecoin au monde à accélérer sa distribution.
Circle, émetteur du stablecoin USDC, a conclu un partenariat stratégique avec Binance, la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies, pour élargir l’utilisation de l’USDC.
Binance prévoit d’ajouter davantage de paires de trading en USDC (c’est-à-dire que Binance permettra d’échanger l’USDC contre un plus grand nombre d’autres actifs numériques sur sa plateforme), de proposer des promotions spécifiques et d’intégrer l’USDC dans sa trésorerie d’entreprise.
Circle fournira des solutions technologiques et de liquidité à Binance, tout en l’aidant à établir des relations dans les secteurs financiers et commerciaux mondiaux.
Cette collaboration a été annoncée lors de l’Abu Dhabi Finance Week, (qui se tient du 9 au 12 décembre) où Circle a également officialisé un partenariat pour les paiements transfrontaliers avec la holding émiratie LuLu Financial Holdings. Ce partenariat vise à utiliser l'USDC comme outil de transfert d'argent rapide et peu coûteux, répondant ainsi aux besoins des paiements internationaux dans ces zones géographiques.
À SURVEILLER : Éternel rival du leader des stablecoins Tether, Circle a tout misé sur sa compatibilité avec les réglementations les plus exigeantes, en Europe comme aux États-Unis. Les perspectives de libéralisation de la crypto aux États-Unis conduisent la start-up à mettre de l’eau dans son vin, et à chercher des voies de croissance alternatives alors que le stablecoin rival USDT, émis par Tether, domine le marché avec 139 milliards de dollars (environ 131 Md€) en circulation, contre 41 milliards $ (environ 38,7 Md€) pour l’USDC.
MIT
Le MIT se penche sur la livre sterling numérique • La Banque d’Angleterre et le MIT ont publié un rapport qui explore les technologies améliorant la confidentialité (PETs) pour une future livre numérique. Parmi les technologies étudiées figurent la pseudonymie, les preuves à divulgation nulle de connaissance (ZKP) et le calcul multipartite (MPC), visant à protéger les données des utilisateurs tout en respectant les réglementations. Le rapport met en avant les défis liés à la confidentialité et la sécurité des transactions, notamment le risque de piratage ou d’abus par des gouvernements futurs, tout en proposant des solutions techniques pour préserver la vie privée dans ce système numérique. En savoir plus…

ChatGPT dans vos lunettes
De Hong Kong, Solos défie Meta avec des lunettes connectées à ChatGPT, Gemini et Claude.
Solos, une entreprise hong-kongaise de nanotechnologies créée en 2019 et spécialisée dans les lunettes connectées, vient de lancer en précommande les AirGo Vision, qui intègrent le modèle d'intelligence artificielle GPT-4o d'OpenAI, capable d’identifier objets, textes et personnes captés par la caméra.
Les lunettes de Solos sont également compatibles avec d'autres modèles d’intelligence artificielle comme Google Gemini et Claude d'Anthropic.
À 299 $ (282 €), le prix est similaire aux lunettes Meta Ray-Ban. Comme elles, les AirGo Vision offrent des fonctions comme la traduction de texte, la localisation de lieux ou l'accès à des informations contextuelles.
Les composants sont intégrés dans des charnières rechargeables en USB-C. Ce design modulable permet d'utiliser un cadre avec ou sans caméra : une version audio sans caméra est également proposée.
À SURVEILLER : La rivalité sino-américaine. En septembre dernier, Meta et Essilor-Luxottica ont signé un partenariat aux termes duquel le lunetier européen accompagne Meta dans son pari stratégique sur les lunettes. Créée par un entrepreneur sino-américain, John Fan, Solos est l’une des premières start-up à tenter de venir troubler la fête, avec Brilliant Labs à Singapour (lire Qant du 9 février). Sans oublier le fabricant chinois de téléphones Oppo (lire Qant du 29 février).

Le robot qui nageait comme un poisson dans l’eau
Un nouveau robot inspiré des raies manta bat des records de vitesse tout en consommant moins d'énergie.
Des chercheurs américains ont récemment dévoilé un nouveau robot inspiré des raies manta, capable de nager à la vitesse de 6,8 fois sa longueur par seconde (soit environ un noeud). Ce modèle succède à une version antérieure déjà considérée comme le robot souple le plus rapide du monde. Le nouveau robot consomme 1,6 fois moins d'énergie que son prédécesseur, grâce à un design simplifié.

EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNES :
• Le sommet de Paris sur l’IA en 2025 peut-il réussir ?
• Un robot inspiré des raies manta bat des records de vitesse dans l’eau.
La France et les robots, II : le défi mondial de gouverner l’IA
Le 10 et 11 février 2025, se tiendra à Paris le troisième sommet international pour l’IA. Pourra-t-il répondre aux innombrables défis politiques et sociaux posés par l’intelligence artificielle et faire naître une gouvernance internationale cohérente ?
Pays disposant d'une stratégie nationale en matière d'IA, 2023 • Source : AI Index
Les 10 et 11 février prochain, le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle devrait réunir à Paris une centaine de chefs d'État et de gouvernements et plusieurs milliers de dirigeants d'organisations internationales, de petites et grandes entreprises, représentants du monde universitaire, chercheurs, organisations non-gouvernementales, artistes… La France veut ainsi provoquer une mobilisation internationale, ou du moins faire avancer la réflexion sur cinq thèmes. Elle veut “bâtir un consensus international sur un socle commun de gouvernance internationale de l’IA”, en avançant vers une “IA de confiance” sécurisée et une “infrastructure d’IA commune et ouverte, de l'accès aux données et à la puissance de calcul jusqu'au développement de modèles à faible consommation d'énergie”, au service du bien public. Elle compte également faciliter des échanges internationaux sur l’avenir du travail et les problématiques de création et de propriété intellectuelle.
Une coopération internationale essentielle
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