« Le progrès est devant nous, à condition de dépasser sa propagande » Paul Virilio

Per Astra ad aspera
De l’avalanche de produits d’IA présentés cette nuit, il ressort un fait saillant. Pour se maintenir à sa place d’interface dominante, Google n’a plus d’autre choix que de se lancer à corps perdu dans la recherche générative, avec juste quelques pistes pour modèle économique de rechange.
Google commence à déployer, auprès de tous ses utilisateurs américains, un chatbot de recherche comparable à Perplexity et ChatGPT, baptisé AI Mode (Mode IA).
Sous la pression de la concurrence, le géant remet ainsi en jeu son modèle économique, fondé sur les liens publicitaires dans la page de réponse de Google Search, sans qu’une alternative claire ait émergé.
Le chatbot sera confiné dans un deuxième onglet et il s’ouvre à l’e-commerce, par des outils de découverte de produits, d’essayage virtuel, de comparaison de prix et surtout de commerce agentique. Avec la fonctionnalité “Buy For Me”, l’agent de Google peut compléter la transaction dès qu’un produit atteint le prix désiré par l’utilisateur – ce qui ouvrira à la plateforme des marges de négociation importantes avec les marchands et les fabricants.
Le projet Astra de vision par ordinateur, qui avait fait sensation l’an dernier, nourrit Gemini Live, une fonction de conversation en temps quasi réel intégrée aux smartphones via caméra et micro, qui permet de rechercher à partir des objets du quotidien. Cet embryon d’assistant IA multimodal grand public pourra mener à des questions potentiellement rémunératrices – “Quel vélo pourrais-je acheter” plutôt que, comme ci-dessous, “Comment puis-je réparer mon VTT”.
”Astra, aide-moi à réparer mon VTT” Source : Google
En outre, Google a comme prévu présenté Gemini Ultra, un abonnement à 249,99 dollars par mois, donnant accès à ses outils IA les plus avancés comme le générateur vidéo Veo 3, l'éditeur Flow et la fonctionnalité Gemini 2.5 Pro Deep Think, en cours de test.
Deep Think, encore en phase de test, répondra à Deep Search d’OpenAI en améliorant les capacités de raisonnement du modèle Gemini 2.5 Pro en considérant plusieurs réponses avant de formuler une réponse finale.
Imagen 4 et Veo 3, les nouvelles générations d’outils de création d’images et de vidéos par IA, sont capables de produire des contenus en haute définition, avec des détails complexes comme des textures, des sons et des dialogues.
Google a également présenté, dans ce qui est traditionnellement la conférence tech la plus riche de l’année, une application indépendante pour NotebookLM, son produit d’IA à grand succès, ainsi qu’un outil de conception d’interfaces web et mobile à partir de textes ou d’images baptisé Stitch et un prototype de lunettes Android XR.
À SURVEILLER : Numéro d’équilibriste. Au premier trimestre 2025, Google Search a généré 50,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le groupe Alphabet, plus de la moitié du total. La deuxième source de recettes, Google Cloud, s’établit loin derrière, à 12,3 milliards. Il faudra beaucoup de doigté à Sundar Pichai pour faire émerger le modèle économique fondé sur l’intermédiation qui se dessine derrière l’AI Mode et Gemini Live avant que, sous la pression de la concurrence et de l’évolution de la technologie, la poule aux œufs d’or ne cesse de pondre.

Microsoft veut des agents partout, du code au Web
Le géant de Redmond déploie une série de plateformes et outils pour généraliser l’usage des agents IA.
Lors de sa grande conférence pour les développeurs, hier, Microsoft a insisté sur la généralisation des agents IA dans ses produits professionnels, de GitHub Copilot à Azure AI Foundry et Microsoft 365 Copilot.
Le nouvel agent de programmation de GitHub peut corriger des bugs, ajouter des fonctionnalités et améliorer la documentation. Une fois que sa tâche lui a été assignée par un développeur dans Copilot, l’agent lance une machine virtuelle pour analyser le code, cloner le dépôt et effectuer les modifications, tout en justifiant ses choix dans des journaux de session.
Le service de Github repose sur Claude 3.7 Sonnet d’Anthropic et se limite aux tâches de complexité faible à moyenne dans des bases de code bien structurées.
De nouvelles fonctions permettent de créer, orchestrer et observer d’autres agents IA spécialisés via le service Azure AI Foundry Agent Service, qui repose sur les protocoles Agent-to-Agent et Model Context Protocol (MCP).
Le protocole MCP, en particulier, est désormais soutenu par GitHub, Windows et d’autres plateformes de l’éditeur. Il devient la norme technique pour connecter les agents IA entre eux et avec les services de données sur le web.
Le fonctionnement de l’agent Github Copilot
Le projet open source NLWeb facilitera l’intégration de chatbots conversationnels sur les sites web. Il permet aux développeurs d’ajouter une interface de dialogue — champ de texte et bouton d’envoi — avec quelques lignes de code, en utilisant le modèle d’IA de leur choix et leurs propres données.
Le but est de transformer les sites Web en interfaces conversationnelles accessibles aux utilisateurs comme aux agents IA, en s’appuyant sur les données du site et des modèles d’IA au choix (de préférence, sans doute parmi les 1 900 improbablement présentés comme accessibles sur Azure AI Foundry).
EN FILIGRANE : Piquer Sam Altman de mille banderilles. Le protocole MCP est une création d’Anthropic, présentée l’an dernier (lire Qant du 27 novembre 2024). Pire, le CEO d’OpenAI était venu sur scène à Build l’an dernier, fêté par le CTO de Microsoft Kevin Scott. Il n’a fait cette année qu’une télé-apparition tendue, éclipsée par celle de son grand ennemi Elon Musk, à qui Microsoft a fait un cadeau de taille : l’intégration des modèles Grok 3 et Grok 3 mini, développés par xAI, à la plateforme Azure AI Foundry. Microsoft, dont les négociations avec OpenAI sur son nouvel équilibre capitalistique semblent être tendues, marque ainsi sans doute son déplaisir pour le lancement de Codex et le rachat de Windsurf, par lesquels OpenAI vient concurrencer Github.
À SURVEILLER : NLWeb et l’Internet des agents. Ce projet est le premier à proposer un standard pour faciliter la découverte, l’interopérabilité et l’exploitation de contenus web par des agents IA autonomes. Microsoft compare NLWeb au rôle fondateur du HTML, en le positionnant comme un socle du “web agentique”.
Apple, Washington
Haro sur la main tendue de Trump aux pays du Golfe • Plusieurs sénateurs démocrates lancent l’alerte sur les risques des accords conclus par Trump pour la vente massive de puces d’IA à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (lire Qant du 19 mai). Ces contrats pourraient faciliter l’accès de la Chine ou de la Russie à des technologies sensibles, tout en détournant des ressources critiques des entreprises américaines. Nvidia et AMD sont les principaux bénéficiaires de ces ventes, que l’administration entend faciliter en abrogeant les restrictions mises en place sous Biden. Les démocrates réclament des garde-fous stricts pour éviter toute fuite technologique. Qu’ils soient fondés ou non, ces cris d’alarme n’ont guère plus de chances d’aboutir que l’opposition démocrate aux lois sur les stablecoins. En savoir plus…
L’IA d’Apple s’ouvre • Apple prévoit d’ouvrir l’accès à ses modèles d’IA locaux — intégrés directement sur les appareils — aux développeurs tiers via un kit de développement (SDK). Cette ouverture, similaire aux API Gemini Nano de Google, permettra aux créateurs d’applications d’intégrer des fonctions d’Apple Intelligence comme la synthèse de texte ou la génération d’images. Les modèles cloud resteront toutefois exclus du SDK pour le moment. L’annonce officielle est attendue lors de la conférence WWDC, qui débutera le 9 juin, aux côtés d’une refonte majeure des systèmes iOS, macOS et iPadOS. En savoir plus…
L’IA prédira les effets de la pollution sur la santé
Des chercheurs britanniques ont développé un modèle d’intelligence artificielle capable de prédire les réponses physiologiques individuelles à la pollution de l’air, en croisant données environnementales, géolocalisation et signaux issus de capteurs personnels.
L’IA pour analyser l’impact de la pollution • Qant, M. de R. avec GPT-4o
La pollution atmosphérique est à l’origine de sept millions de morts prématurées par an dans le monde. Or, la sensibilité aux polluants varie considérablement d’un individu à l’autre. L’équipe du projet britannique AI-Respire a conçu une architecture complète pour prédire la réponse physiologique d’un individu à son exposition à la pollution. Leur système intègre plusieurs sources de données : mesures environnementales, informations météo, localisation GPS, et données physiologiques issues de montres connectées.
Cette approche ouvre la voie à une médecine environnementale personnalisée, dans laquelle le risque sanitaire lié à la pollution serait évalué en fonction des caractéristiques individuelles et du contexte d’exposition. À plus long terme, les auteurs envisagent d’intégrer des indicateurs cliniques, des biomarqueurs ou des réponses immunitaires, afin de prédire non seulement les effets immédiats, mais aussi les risques à long terme.

Waymo couvrira toute la Silicon Valley
La filiale d’Alphabet a reçu l’approbation des autorités californiennes pour étendre son service de robotaxis de San Francisco à San José.
Waymo a obtenu l'autorisation de la California Public Utilities Commission pour élargir son service de robotaxis sans conducteur à de nouvelles zones du sud de la baie de San Francisco, jusqu’à la majeure partie de San Jose.
La filiale d’Alphabet pourra ainsi couvrir toute la Silicon Valley, alors que son service ne s’étend guère, jusqu’à présent, au-delà de San Francisco.
Pour l’heure, Waymo a déployé 1 500 voitures autonomes, essentiellement des Jaguar I-Pace, dont le coût de base, 50 000 dollars, doublerait presque avec le déploiement des capteurs et les autres aménagements pour la conduite autonome. La sixième génération, produite par les chinoises Zeekr et Geely, devrait réduire le coût total à 60 000 dollars par véhicule.
La semaine dernière, à l’invitation des autorités de circulation (la NHTSA), Waymo a rappelé plus de 1 200 véhicules, afin de mettre à jour leur logiciel et corriger des risques de collision avec des chaînes, barrières et portails. Cela a déclenché une vague de publicité négative, que Waymo a tenté de contrer en montrant que ses robots provoquent moins d’accidents que les conducteurs humains.
EN FILIGRANE : Tesla. La semaine dernière, la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) a également convoqué Tesla, qui s’apprête à ouvrir un service similaire à Waymo à Austin au Texas, à cause des collisions que cause le système de conduite autonome par mauvais temps. Waymo est déjà présente à Austin, où ses commandes représentent 20 % du trafic sur Uber (lire Qant du 15 avril 2025).
À SURVEILLER : Chi va piano va sano. Malgré son autorisation, Waymo n’étendra son service dans la Silicon Valley que progressivement, sans calendrier communiqué. Sa stratégie prudente lui a permis de construire son avance, en évitant les sorties de route d’Uber en 2018 et de Cruise en 2023 . La filiale d’Alphabet est aujourd’hui sans concurrent, ce qui ne l’incite pas à accélérer son train de sénateur. Toutefois, Tesla devrait bientôt lancer un service de robotaxis à Austin, et Amazon, à Las Vegas.

Stablecoins : le lobby crypto remporte une première victoire
Le projet de loi d’encadrement des stablecoins reprend son chemin législatif. Les acteurs cryptos soutiennent un texte que les démocrates critiquent vertement, pour ses liens avec les intérêts financiers de Donald Trump.
Le sénat américain a voté lundi soir à 66 voix contre 32 la fin des débats sur le Genius Act, ouvrant la voie à un vote final dès cette semaine sur une réglementation des stablecoins.
Les nouvelles dispositions incluent des mesures allégées sur la lutte contre le blanchiment, la sécurité nationale et la protection des consommateurs, mais aussi des dispositions pour empêcher les grandes entreprises technologiques de lancer leurs propres stablecoins – ce qui pourrait notamment viser Meta.
Des sénateurs démocrates, notamment la progressiste Elizabeth Warren, s’y opposent fermement, dénonçant un projet qui ne freine pas assez les profits personnels de Trump, dont une des entreprises, World Liberty Financial, a lancé son propre stablecoin, le USD1.
L’entourage de Trump devrait en effet directement bénéficier du passage de la loi, qui ne prévoit aucune disposition sur les conflits d’intérêt et qui allège la règlementation sur des sujets comme les audits des réserves et les activités consenties aux créateurs de stablecoins.
À SURVEILLER : Le poids des cryptos. Tether et d’autres grands opérateurs crypto déploient de grands efforts de lobbying en faveur du Genius Act et d’autres normes cryptos. En facilitant le basculement des banques, le projet de loi pourrait permettre aux stablecoins de multiplier leur taille par dix d’ici à 2030, estiment dans deux études distinctes Standard Chartered et Citi. De quoi faire basculer 16 sénateurs démocrates, qui ont donné aux républicains la majorité nécessaire pour sortir le projet de loi de l’impasse.
Ripple
Ripple se diversifie aux Emirats • Ripple vient de lancer un service de paiements transfrontaliers par blockchain aux Émirats arabes unis, en partenariat avec Zand Bank, première banque numérique du pays, et la fintech Mamo. Ces institutions utiliseront Ripple Payments, une plateforme qui combine stablecoins, cryptomonnaies et monnaies fiduciaires pour permettre des transferts rapides et peu coûteux. En savoir plus…

EN EXCLUSIVITÉ POUR LES ABONNÉS :
• Un modèle d’IA se révèle capable d’anticiper les réactions physiologiques individuelles des personnes exposées à la pollution de l’air.
L’IA prédira les effets de la pollution sur la santé
Des chercheurs britanniques ont développé un modèle d’intelligence artificielle capable de prédire les réponses physiologiques individuelles à la pollution de l’air, en croisant données environnementales, géolocalisation et signaux issus de capteurs personnels.
Vue d'ensemble du pipeline de données AI-Respire et du flux de travail pour le développement de modèles. • Nazanin Zounemat Kermani et al.
La pollution atmosphérique est à l’origine de sept millions de morts prématurées par an dans le monde. Au Royaume-Uni, elle serait par exemple responsable de 28 000 à 36 000 décès chaque année. Ses effets touchent en priorité les voies respiratoires, mais ils s’étendent à l’ensemble du système cardiovasculaire. L’exposition chronique aux particules fines, à l’ozone ou au dioxyde d’azote peut aggraver des pathologies existantes comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), voire en déclencher de nouvelles.
Une IA pour suivre et anticiper
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